Le roman de Paul Follot (Suite 35)

0.Pub Gillow

Chapitre 35

Le temps des grandes réalisations

   5daa422750ac974b5fdcbd6f3dc39951En fait, c’est un beau feu d’artifice qui illumine le ciel de 1928. La première année de la collaboration de Follot avec la maison de meubles londonienne Waring & Gillow est plus que prometteuse. En prenant la direction de la filiale parisienne Le Studio d’Art Moderne, rue de la Boëtie, il s’est lancé dans une succession de chantiers, essentiellement pour des endroits très sélect, et qui vont faire de lui, en quelques mois, un décorateur de palaces et de hauts lieux de la gentry. On est à l’époque où la bonne société internationale vient en France pour rencontrer ses artistes et surtout pour s’amuser… notamment sur la Côte d’Azur ! Elle a vraiment été découverte après la guerre, avec la mode des plages et des bains de soleil, et surtout ses établissements de jeu très renommés. Avant que la première crise économique mondiale dissipe les dernières paillettes de la fête et compromette les projets dispendieux « du temps de l’argent facile » (pour certains du moins !), Paul Follot aménagera successivement : la salle à manger, le bar et le grill-room de l’Hôtel Martinez à Cannes ainsi que du Carlton, en février 1928 ; le bar et le restaurant de l’Hôtel de Paris à Monte Carlo ; le nouveau Casino de Nice et la boutique du 5.Salon-WG-300x226parfumeur Coty ; les salons et salle à manger du palace parisien le Georges V ; le restaurant du Casino du Touquet ; les tea-rooms de l’Hôtel Claridge et du Rumpelmayer de Londres ; ceux du Waldorf Astoria de New York ; la salle à manger du paquebot Atlantique ; l’intérieur d’un avion de luxe pour la Cie. Union Air, un Blériot Type 165 qui peut transporter 15 passagers.

   Avec la Waring & Gillow, Follot a franchi une nouvelle étape dans sa carrière et approché un milieu nouveau ; ce qu’il ne pouvait espérer avec Pomone et la clientèle bourgeoise du Bon Marché. En trois ans de collaboration, il va fournir 1005 créations nouvelles (dont 240 sièges), à quoi il faut ajouter une bonne centaine de modèles dessinés pour la cour du Siam. Nous y reviendrons dans un prochain chapitre…

Projet pour le Rumpelmayer

Projet pour le Rumpelmayer

     Le Carlton est un palace international dirigé par le comte de La Rochefoucauld, un ami de Franck Goldsmith (le grand-père de Jimmy), chairman du Conseil d’administration de la Société des Hôtels Réunis, qui possède les plus beaux et les plus réputés établissements de la Côte d’Azur. Paul Follot s’est vu confier la décoration de son salon-bar, en accord avec l’architecte Pierre Veuvenot, chargé d’ouvrage également à l’Hôtel de Paris ainsi que pour travaux du Martinez à Cannes. Pour ce projet, il a privilégié l’aspect monumental sur le côté intime et raffiné… Le style Art Déco règne alors sans partage sur le cadre de la vie mondaine. Un vaste espace encadré de hautes colonnes cylindriques, alternant le blanc « beurre frais » avec un enduit « façon bronzine foncée », qui soutiennent un plafond en staff peint à la fresque de grosses fleurs stylisées, œuvre du décorateur Dumesnil. 10.Petite-chambre-WG-300x225L’ensemble est théâtral, tout en demi-teintes, avec ses rideaux d’un vert assorti à celui du papier peint Afrique, ses appliques épaisses en bronze et albâtre, ses vasques lumineuses. Ses sièges en corbeille au modèle Les Palmes ou Cornes d’Abondance et recouverts d’un velours de laine gris chaudron et rose poudre, ont été fabriqués par le fournisseur attitré de la Waring, la maison Ducrot… Est-ce manque d’expérience ? Ou un défaut de discernement… Les étoffes employées à l’Hôtel Carlton vont très vite s’abimer –le bar d’un palace est un lieu de grande affluence et son mobilier se doit d’être autant luxueux que solide ! -, aussi le décorateur se voit-il dans la nécessité de proposer à la direction leur remplacement par un modèle plus « costaud », le tissu Meknès, aussi exotique que couleur locale. Il profitera également de la fermeture annuelle, pour remplacer le mobilier en bois clair par des meubles en acajou foncé, plus résistants et d’une assise plus stable. Follot insistera cependant auprès de son commanditaire pour que ce soit ses ébénistes parisiens et non ceux de la Waring qui les exécutent.

P1010134 Pour le Rumpelmayer de Londres, le dessinateur Székély a tracé sur le papier, suivant les indications de Follot, une suite de dessins aquarellés qui montrent quelques aspects de ce projet sobre et luxueux, qui ne fut pourtant jamais réalisé. Ce travail ayant occasionné des frais importants, Paul intentera un procès pour non-paiement de ses factures à son propriétaire, Mr. Vickers. Avec la décoration du salon-bar de l’Hôtel de Paris à Monte Carlo, il ne rencontre pas de difficultés : le terrain de chasse du Major Goldsmith lui est tout acquis. Le mécène du ballet monégasque lui a fait faire la connaissance du président-fondateur de la Blue Star Line, compagnie maritime qui assure le transport de marchandises entre la Chine et l’Angleterre. Sir William 1er baron Vestey est un ami personnel de Lord Waring et il possède, à Menton, une villa somptueuse dont il veut lui confier la décoration intérieure. Le projet doit seulement avoir l’assentiment de sa nouvelle épouse, Lady Evelyn (née Brodstone, dans le Nebraska), qui se targue d’avoir des vues très personnelles sur les questions artistiques.

 Follot piano du Paris Les déboires de Paul Follot avec sa riche clientèle ne sont pas finis… Emmanuel Martinez, le fondateur de l’établissement qui arbore son nom sur la Croisette, le 20 février 1929, est un personnage tout-puissant de la vie hôtelière internationale et son avis a la valeur d’un ordre. Il faudra plus d’un an de tractations et de remaniements de plans, pour que les deux hommes arrivent à s’entendre. Finalement, sur l’insistance de Follot, le sculpteur Delamarre se verra confier les bas-reliefs du hall. L’inauguration du palace s’est faite dans la précipitation : deux étages seulement étaient achevés à la date prévue : dans l’un, le Prince de Galles avait déjà réservé une suite ; tandis que le maharadja de Kapurthala et le prince Raajpee du Goujarat se disputaient l’autre. Le mobilier livré par la maison Ducrot se ressent de cette hâte. Il a été bâclé et Paul s’en plaint dans une lettre à la direction : « par endroits, le vernis ne recouvre pas assez le bois ou, au contraire, empâte les coins et les cannelures… ce qui lui donne un aspect un peu camelote ! » (PF – 13 décembre 1928).

 1.-Espace-Follot-dans-WG-300x254Malgré le nombre croissant et l’importance des chantiers dont il doit s’occuper, Paul trouve le temps de préparer l’Exposition d’Art Décoratif Moderne qui doit se tenir à Londres, le 19 novembre 1928, dans le magasin de la Waring & Gillow. Il l’a conçu comme un grand appartement de luxe, comprenant dix pièces presque entièrement réalisées par ses ateliers : du mobilier aux bibelots, en passant par les tapis et tapisseries. Il a requis le concours des meilleurs artistes disponibles. Les premiers ouvriers des ateliers de soierie lyonnaise ou de tissage d’Aubusson, pour les textiles. Les travaux de peinture sont confiés à Jean Dupas, Gaudissart, Germaine Labaye ; les sculptures, à Delamarre, Rivoire, Martel ; les céramiques, à Lachenal, Luce, Besnard ; les ferronneries sont de Subes, Szabo, Brandt ; les verreries, de Lalique et Baccarat… C’est incontestablement un hommage à la création française et le public londonien l’a très bien compris en lui offrant un accueil chaleureux… Sincère ou fair-play ? Dans une missive à André François-Poncet, le nouveau Sous-secrétaire d’État au Commerce et aux Beaux-Arts du gouvernement de Paul Reynaud, Follot voit dans ce succès : « le début d’une évolution du goût anglais vers le style moderne français ! » (30 novembre 1928).

OK - Chambre W&G Tout semble donc aller pour le mieux… Pourtant le travail de Paul avec la Waring est menacé. Au printemps de 1929, il se plaint subitement que les clauses du contrat qui les lie ne sont pas respectées. Durant les huit derniers mois, où il travaillait d’arrache-pied pour préparer l’exposition des artistes décorateurs à Londres, il aurait été mis à l’écart des affaires du département d’art moderne. En effet, sa gestion a été confiée, sans l’en avertir, au décorateur Serge Chermayeff (1900-1996), qui fait réaliser ses meubles, pour les « détourner de leur fonction »… Ce qui ne serait pas si grave si, en plus, il ne s’avérait qu’ils sont « d’une qualité contestable ». Paul pense notamment à l’aménagement de l’Hôtel Martinez et aux problèmes qu’il a connus avec les vernis de son mobilier. Follot Paris Salon 2e ClasseLa décoration de cet établissement a néanmoins rapporté 18 Millions de Francs (de 1928) à la Waring ; laquelle a « oublié » de lui verser des dividendes, malgré la promesse qui lui avait été faite lorsqu’ils avaient signé leur accord… « tout l’honneur revenant à Monsieur Chermayeff ». En plus, il n’aurait rencontré Lord Waring que deux fois depuis qu’il travaille pour lui, et celui-ci n’aurait jamais répondu à ses demandes précises, comme l’extension de la vitrine sur la rue de la Boëtie, qu’il trouve trop modeste, ou encore la nécessité d’engager du personnel mieux qualifié pour vendre du mobilier moderne. Au contraire, on aurait affecté ses plus anciens collaborateurs au rang de simples vendeurs de rayon… S’il n’y avait que cela ! La belle boutique d’art et de décoration que lui avait promise Lord Waring n’a toujours pas été réalisée. Son espace de vente se limite au 4e étage et une partie du 5e, vers lesquels les clients ne sont pas diriger lorsqu’ils pénètrent dans le magasin parisien. Considérant qu’il n’a sur la rue, pour exposer ses créations, qu’une vitrine de 2m sur 2m dans laquelle il ne peut placer ses nouveautés qu’une semaine dans le mois, Paul estime que son rôle de directeur artistique est victime d’un sabotage et « qu’il y aurait des instructions précises au personnel de la boutique de la rue de la Boëtie (du moins le prétend-t-il) pour vendre du mobilier anglais au détriment des créations françaises ». Perfide Albion !

Follot Salon de luxe Le Paris    Il est évident que Follot n’avait rien de bon à chercher dans cette collaboration avec une maison fabriquant en série du meuble anglais. Qu’il est trop « artiste » pour entrer dans ses grosses opérations commerciales. Une fois encore, il s’est placé à un niveau trop décalé par rapport à ce qu’il sait faire et il est forcé de se rendre compte que les intérêts financiers d’une firme internationale n’ont rien en commun avec son point de vue esthétique ; et encore moins avec la qualité qu’il a toujours respectée dans ses créations. Il n’est pas dans une vieille entreprise familiale, comme la maison Wegdwood, et on n’est plus à la même époque… La conception du commerce a totalement changé. Il faut pourtant souligner que l’ouverture de son activité de décorateur, sur des lieux plus grands et plus mondains, l’a conduit à travailler à un autre rythme et à plus grande échelle avec des entreprises de premier rang, comme la Maison René Lalique (place Vendôme), chez il passe des commandes importantes de luminaires, la Maison Sabino qui réalisera les lustres pour le palais Chakkri ou le Casino du Touquet, les filatures de Roubaix… Ce qui l’a conduit à œuvrer de plus en plus pour ces lieux de prestige que sont les paquebots.

 Follot Cabine de luxe Le Paris En 1921, il avait commencé cette activité en aménageant une chambre à coucher de luxe et un salon sur Le Paris, fleuron de « l’art moderne français », pour la décoration duquel la Compagnie Générale Transatlantique n’avait pas lésiné sur les moyens. Dès 1916, John Dial Piaz, administrateur de la société maritime et son futur président, avait demandé à la Société des Artistes Décorateurs (SAD) d’en étudier l’agencement. Le projet de cabine de Tony Selmersheim avait été exposé au Salon de 1919. René Lalique avait conçu les portes et les appliques d’éclairage en verre moulé du Grand Salon. Le ferronnier Edgar Brandt, la rampe et la coupole d’un escalier monumental sur le thème de motifs marins (coquillages, vagues et algues entrelacées de poulpes…). Tout était recherché et luxueux, employant des matériaux précieux comme l’amarante pour les boiseries de la bibliothèque, la laque rouge de Chine pour les fauteuils de Follot, l’amboine pour les canapés. Toutes les sommités de l’époque, telles que le maréchal Foch ou le général américain Pershing, ont emprunté ce palace flottant pour traverser l’atlantique. Dévasté par un incendie dans le port du Havre, le 18 avril 1939, son épave ne sera évacuée qu’en 1947 !

     En 1929, c’est la décoration de la salle à manger de 1er classe de L’Atlantique, paquebot de la Compagnie de navigation Sud-Atlantique (créée en 1912), mis en service l’année suivante sur la ligne des Antilles et de l’Amérique du Sud. Un imposant bâtiment dont l’aménagement à été confié aux architectes Pierre Patout, Gilbert Raguenet, Raymond Rivoire et Camille Maillard, sous la direction du décorateur Albert Besnard. L'Atlantique Café 2Son originalité est de posséder une « rue principale » longue de 140 mètres, sur laquelle tout ce qui compte dans le luxe tient boutique. Il fera naufrage en 1933, au large de Guernesey, à la suite d’un incendie propagé par ses nombreux panneaux laqués et vernis. Vers cette même époque, Paul Follot agence le carré des officiers du croiseur lourd L’Algérie, ainsi que le mobilier des cabines. En 1934, ce sont les cabines des officiers du croiseur léger La Marseillaise auquel son équipage mettra le feu, lors du sabordage de la flotte française en rade de Toulon, le 27 novembre 1942. Enfin, le chantier de La Normandie, auquel participeront les représentants majeurs du style Art Déco, avec un salon, un vestibule et une suite de luxe, et qui connaîtra lui aussi un destin malheureux. Il prépare encore, au moment de la déclaration de guerre, l’aménagement des appartements et du carré des officiers supérieurs sur le cuirassé Jean-Bart. Comme on peut le constater, Paul Follot a travaillé à la liste noire de la marine française.

1920 Projet Salon bateau.1

     Au milieu de ces réalisations prestigieuses, il n’a pas commis l’erreur de sacrifier son activité domestique, comme du temps de Pomone. La maison-galerie de la Rue Schoelcher a été organisée pour recevoir sa clientèle privée et remplir les carnets de commandes. Erwin, alors jeune élève de l’École des Beaux-Arts, donne un coup de main aux employés de l’atelier qu’on a installé, partie au premier étage à côté du bureau d’architecture et partie sous les toits. Il a les qualités et les défauts de son père : « brillant et léger », ainsi que le décrit complaisamment Paul dans une lettre à Armand Massard (membre du Conseil municipal de Paris, conseiller du préfet de la Seine et vice-président du cercle Hoche), en vue d’obtenir son admission à ce cercle…probablement franc-maçon : « Erwin cache une intelligence très vive et très sûre des choses et des gens (ça il le tient de sa mère !), une générosité instinctive, un cœur tendre et loyal… Aussi a-t-il beaucoup d’amis fidèles, à qui ses petits défauts n’ont pu cacher ses grandes qualités. » (C’est un père qui parle)…

Naufrage du Paris, en 1939, dans le port du Havre. La nacelle au bout de la grue permettra au capitaine de quitter le bâtiment après s'être assuré qu'il n'y a plus personne à bord.

Naufrage du Paris, en avril 1939, dans le port du Havre. La nacelle au bout de la grue permettra au capitaine de quitter le bâtiment après s’être assuré qu’il n’y a plus personne à bord.

Un témoin moins partial pourrait traduire par « une grande gueule avec un fort penchant pour l’égoïsme et la frivolité ». Sylvie seconde sa mère lorsque surviennent des clients en son absence. Elle leur fait visiter les salons, montre les chambres visibles au deuxième étage, sert le thé et joue à la perfection le rôle de maîtresse de maison…

La suite, le 4 mai, avec : Le voyage au Royaume de Siam…


Fiche technique:

Réalisations de cette période

Mobilier pour bars, hôtels et restaurants

En France….

Chambre du Georges V

Chambre du Georges V

*Salons de l’Hôtel Carlton, du Martinez et le bar de l’Hôtel de Paris:

*Aménagement de la salle à manger, bar, grill-room, de l’Hôtel Martinez à Cannes (Février 1928).
*Aménagement du bar du Carlton, à Cannes.
*Aménagement du bar de l’Hôtel de Paris, à Monte Carlo.
*Projet d’aménagement du Nouveau Casino de Nice.
*Projet d’aménagement de la boutique Coty, à Nice (1928) .
*Aménagement d’un avion de luxe de la Cie Air Union (Blériot type 165 transportant 15 passagers).
*Aménagement de l’Hôtel Georges V, à Paris.
*Aménagement du restaurant du Casino, au Touquet.

Le bar du Carlton

Le bar du Carlton

En Suisse…

*Aménagement des salons du Grand Hôtel de Saint-Moritz, avec cheminées et dallage en marbre Labradorite (Établ. Rusconi à Neuchâtel).

 

A Londres…

*Aménagement des salons de l’Hôtel Claridge, à Londres.
*Aménagement des salons de Rumpelmayer, à Londres.

Salon du Rumpelmayer

Salon du Rumpelmayer

A New York…

*Aménagement des salons de l’Hôtel Waldorf Astoria, à New York (architecte : Schultze).

A Singapour…

*Un bar-restaurant, en 1930 (commande de Mr Schwartz – 12 mars 1930) qui comprend :
*Un tapis caoutchouc épais avec un dessin coloré.
*3 plafonniers formés de dalles en verre dépoli.
*26 tabourets haut en tube d’acier brasé et chromé poli, recouverts de pegamoïd ( ?) vert-jade.
*7 lustres plafonniers formés de dalles en verre dépoli.
*6 dalles de verre gravé à appliquer devant les fenêtres.
*1 tapis épais au point noué, dans lequel on retrouve le vert-jade des sièges et la teinte tango des murs.
*1 sphère plaquée de petits morceaux de miroir.
*Des rideaux en soie tango.
*4 appliques avec dalles de verre pour le bar.

 

L’estampille de Paul Follot

Tous ses meubles portent la marque de 5 cm par 4 cm environ:

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« Apposée au fer rouge de façon très lisible, mais dans un endroit du meuble où l’on ne la verra qu’en l’y cherchant. »

 

L’aménagement des grands paquebots

Follot Grand hall du Paris*Le Paris…

Commanditaire : la Compagnie Générale Transatlantique en 1919.

Mobilier d’un salon dînatoire :

*Boiseries en citronnier de Ceylan verni avec filets de marqueterie d’amboine… 19.000 Frs.
*Voussure en sycomore verni, plafond en panneaux de bois peint d’un ton ivoire.
*16 appliques en bronze ciselé, patiné vert-antique… 2.400 Frs.
*1 Chiffonnier à 5 tiroirs idem avec marbre vert de mer… 1.450 Frs.
*1 Table carrée (105 x 105) idem avec marbre vert de mer… 1.100 Frs.
*1 Table hexagonale à 6pieds en citronnier et amarante… 550 Frs.
*3 Fauteuils volants en citronnier et amarante… 3.120 Frs.
*1 Fauteuil Wellesley capitonné… 2.600 Frs.
*2 Grands miroirs octogonaux… 520 Frs.
*4 petits miroirs octogonaux… 560 Frs.
*1 Canapé de 200 x 90… 4.200 Frs.
*3 paires de rideaux… 650 Frs.

(devis établi le 17 déc. 1919 par la SAIB).Piscine-du-Paris-1

Remarque :
Ce devis a-t-il eu une suite ? La SAIB écrit à Paul Follot qu’elle ne peut absolument pas diminuer le prix total de 85.900 Frs pour le budget de la Cie Transatlantique : « L’aménagement des paquebots réserve toujours quelque surprise, et l’instabilité des prix de revient ne nous permet pas de nous aventurer dans une fabrication à coût plus réduit.» (SAIB à PF – 20 avril 1920).

Mobilier d’une chambre à coucher de luxe :

*Boiseries en sycomore verni avec filets de marqueterie d’amboine… 10.000 Frs.
*Deux lits jumeaux à grands dossiers à balustres.
*1 armoire à trois portes en citronnier de Ceylan verni et filets d’amboine. Boiserie et plinthe tournent autour de l’armoire… 3.720 Frs.
*1 Secrétaire en amarante verni et filets d’amboine avec marbre vert de mer… 1.620 Frs.
*1 Poudreuse en amarante vernis et amboine.
*2 Meubles vide-poches idem avec marbre vert de mer… 1.500 Frs.

*1 Grand Fauteuil confortable en citronnier et amarante, capitonné… 2.600 Frs.
*1 Fauteuil volant en citronnier et amarante… 1.120 Frs

Remarque : Si Le Paris connut un vif succès – il est équipé d’une piste de danse en glace lumineuse, une première sur un bateau, – le sort s’acharne aussi contre lui. En 1927, il entre en collision avec un cargo norvégien en baie de New York. En août 1929, il subit un incendie important et sa remise en état va demander 6 mois. En 1939, alors qu’on le prépare pour le transport des collections pour l’Exposition universelle de New York, le feu se déclare dans la boulangerie. La quantité d’eau déversée pour éteindre l’incendie le fait chavirer le lendemain. L’épave restera à cet emplacement durant toute la durée de la guerre. Sa coque sera la cause de l’accident survenu au paquebot Liberté en 1946.L'Atlantique Bar 1e Classe

 

*L’Atlantique…

Commanditaire : La Compagnie générale Sud-Atlantique, en avril 1930. En collaboration avec la Maison Waring & Gillow à Londres.

La partie confiée à Paul Follot comprend: Une grande salle à manger pour 392 places assises – Grand Hall – Petit Hall de communication – Salon de correspondance – Grand Salon.
Remarques : Follot a essayé de réaliser ici, sur le plan artistique, des ensembles clairs, ordonnés, d’uns simplicité n’excluant pas la richesse.

– La Salle à manger :

Ocre clair et argent sur les murs gravés d’un décor léger. Vert émeraude des sièges sur le gris taupe du tapis et des tentures. Les meubles sont en noyer clair, veiné. Les éléments métalliques (rampes, châssis des fenêtres, luminaires) chromés mat avec des parties brillantes. L’éclairage général vient du plafond. Les lampes et les appliques en tubes de verre gravé.

– Le Grand Hall :

L'Atlantique Grand Salon 1Ambiance chaude et confortable « d’une sobre somptuosité. » Murs en chêne clair ciré, avec soubassement souligné par un filet d’ébène. Corniches en staff cachant des projecteurs électriques dont les rayons croisés éclairent le plafond. Sous la corniche, des appliques diffusant une lumière douce. Deux bas-reliefs dorés et patinés, au centre de chacun des panneaux latéraux, qui représentent « l’alliance féconde de la tradition latine et du génie américain ». Au centre des deux autres panneaux, une grande porte monumentale encadrée par deux statues qui figurent : « l’Amazonie et la Pampa », » l’Amérique Latine » et « la Pensée Française » (sculpteur : Raymond Delamarre – Grand Prix de Rome).

Mobilier : Les meubles de ce Grand Hall sont en acajou clair et verni, d’un ton un peu doré, en harmonie avec les boiseries. Les sièges sont tendus de maroquin bleu-marine. 6 meubles d’appui, entre les baies latérales, abritent gramophones, radios, disques, etc. Un épais tapis brun, gris, beige et bleu occupe le centre de la pièce, encadré par un large champ de moquette unie, gris éléphant.

– Le Salon de correspondance :

Décoration très sobre arrangée autour de deux panneaux de peinture décorative représentant « La France » et « l’Amérique du Sud », ainsi que diverses cartes marines.

– Le Grand Salon :

Couleurs gaies où domine le rouge corail en harmonie avec le brun-roux foncé du palissandre des sièges. Sur les parois tendues L'Atlantique Spectacle à bordd’un tissu de soie rose-corail et gris perle, des détails de décoration à l’or fin jettent une note de luxe. Un grand lustre en plaques de verre gravé, d’où pendent des rangs superposés de perles de verre, diffuse une lumière centrale. 16 coupes en albâtre reflètent leurs lumières vers le haut. L’éclairage du pourtour est constitué par des dalles lumineuses intégrées dans l’armature latérale du plafond. La piste de danse est en dalles de verre rose, éclairées par-dessous.

 

 *La Normandie…

Commanditaire : La Compagnie générale Transatlantique, en 1934. Soit : 1 Salon – 1 Chambre – 1 Vestibule.

– Un Salon :

Boiseries laquées, gravées et rechampies d’or et de couleurs. Mobilier en poirier verni noir et sycomore, souligné de filets de bronze ciselé et doré, il comprend :
*1 coiffeuse-bureau au dessus plaqué de galuchat.
*1 table de bridge avec dessus en maroquin.
*1 guéridon avec dessus en glace.
*1 canapé transformable.
*3 fauteuils légers recouverts de maroquin.
*1 fauteuil « Confortable ».
*1 chaise de bureau.

– Une Chambre :

Boiseries en lambris de bois clair, frêne ondé verni au tampon, enrichies de six petits panneaux décoratifs par Georges Lepape La Normandie Grand Salon 2(artiste-peintre – 44, Rue N-D de Lorette, Paris IXe). Les panneaux de frêne sont coupés horizontalement par des joncs en acier inoxydable et leur base marquée par des bandes alternant joncs d’acier et palissandre verni. La corniche et le plafond sont en frêne verni, avec l’astragale en palissandre alterné de joncs d’acier.
Son mobilier en palissandre de Rio verni et joncs d’acier inoxydable, comprend :
*2 lits à grand dossier capitonné.
*2 tables de chevet.
*2 armoires à glace extérieure.
*1 coiffeuse avec monture de miroir et porte-flacons en acier.
*1 commode à dessus de marbre.
*1 fauteuil « Confortable ».
*1 fauteuil léger.
*1 chaise de coiffeuse.
Remarque : Les textiles recouvrant lits, sièges, rideaux… ont été tissés au métier dans l’atelier d’Hélène Henry. (PF à Cie.G.T.- 23 juin 1934)

La Normandie -salle-a-manger 3– Un Vestibule :

Il est très sobre, décoré de boiseries en avodiré (bois blanc exotique), plinthes et astragale en noyer foncé verni. La corniche et le plafond sont laqués dans un ton ivoire mat. Aucun mobilier, sauf les deux portes élégantes dont l’un donnat sur le dressing pour les bagages. (PF à Cie.G.T. – 19 juin 1934)

 Coût des travaux : 279.650 frs (devis de PF à la Cie.G.T. – 23 juin 1934)

Remarque:L’administrateur de la Compagnie générale Transatlantique a demandé à Paul Follot de prêter quelques projets – plans, maquettes, mobilier pour ce paquebot. Après quoi, la Compagnie lui a passé commande de quelques pièces, afin de les exposer en Hollande. (Cie.G.T à PF – 1er février 1939).

Normandie mondain

*Les autres réalisations sur les bateaux…

 *1931 – Aménagement du carré des officiers du croiseur Algérie… en construction dans les chantiers du port de Brest, ainsi que le mobilier des cabines. Sabordé à Toulon, le 27 novembre 1942.

*1932 – Nouvelle décoration de L’Atlantique … de la Compagnie Sud-Atlantique, après sa mise à flots. Paul Follot a refait la salle à manger et les plafonniers électriques. Le paquebot fait naufrage, le 5 janvier 1933, au large de l’Angleterre. Il sera détruit en 1936.

*1934 – Aménagement des cabines d’officiers du croiseur Type 7.700 Marseillaise cabin subalt 1934Tx La Marseillaise. Incendié au moment du sabordage de la flotte française, le 27 novembre 1942, en rade de Toulon.

Commanditaire : la Société Anonyme des Ateliers et Chantiers de la Loire, à Saint-Nazaire,

Paul Follot réalise avec la Maison Schwartz-Haumont (Ateliers de constructions métalliques Schwartz-Haumont, 42, Rue du Hameau – Paris) le mobilier métallique des cabines d’officiers du croiseur La Marseillaise. Un navire-croiseur comprend environ 7 chambres d’officiers supérieurs et 18 chambres d’officiers subalternes.

Il s’agit d’un mobilier métallique à éléments interchangeables en série. Pour un prix forfaitaire de 15.000 Frs. l’ensemble qui va être présenté à la Commission du Ministère de la Marine de Guerre, à savoir :
Chambre d’officier 1er maître : 1 lit – 1 table de chevet – 1 armoire double – 1 meuble- lavabo – 1 bureau – 1 étagère – 1 chaise.
Chambre d’officier subalterne (agents civils) : 2 lits superposés – Fauteuil métallique2 armoires doubles – 1 meuble-lavabo – 1 bureau – 1 étagère – 2 chaises.

*Le mobilier complet doit être livré à la fin d’avril 1934 (PF aux chantiers de S.-N. – 18 avril 1934).

*1939 – Aménagement des cabines des officiers supérieurs du cuirassé Jean-Bart, construit en 1939 et prévu identique au Richelieu (1935-1939).

Commanditaire : la Société Anonyme des Ateliers et Chantiers de la Loire, à Saint-Nazaire,

Histoire : Échappé de justesse en juin 1940, devant l’avancée allemande, le cuirassé Jean-Bart réussit à gagner Casablanca. Il fut endommagé au cours des combats de novembre 1942, contre les Américains. Ce fut le dernier cuirassé mis en service au monde. (Wikipédia).

Une réflexion au sujet de « Le roman de Paul Follot (Suite 35) »

  1. Je ‘possède’ une table Follot depuis 3 ans.
    Elle est associée à la vie de ma mère au cours de ces 35 ou 40 dernières années.
    Mes parents l’avaient achetée dans une vente aux enchères à Enghien.
    Depuis que j’en ai hérité, j’ai découvert l’estampille de Waring et Gillow, puis Follot, puis je me suis plongé dans l’univers magnifique des arts décoratifs du XXe siècle. La collection du musée des Arts Décoratifs est déjà très belle.
    J’ai croisé sur les catalogues de Tajan ou d’Aguttes la plupart des noms que vous citez. Mais dans votre récit, je les retrouve en tant que personnes, vivants, et c’est aussi inattendu que magnifique. Je vous remercie beaucoup de ce travail.

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