Le roman de Paul Follot (Suite 22)

Chapitre 22

Des lendemains qui déchantent

   9° Village dévastée Après dix-huit mois exposé au danger, Paul peut dire qu’il s’en sort relativement bien avec une blessure et une année d’hôpital. Il a enfin ce grade de capitaine, qu’il désespérait de n’obtenir jamais, avec, en surcroît, la Croix de guerre pour le courage qu’il a montré en entraînant son bataillon sous le feu de l’ennemi. A quarante ans passés, il est encore un homme jeune, en droit de forger des projets pour son avenir et d’élargir son champ d’activités. Plus que jamais, il se sent de taille à occuper une place importante dans sa profession. Il y a pourtant des obstacles importants sur la route de ses espérances : la société qui l’attend au sortir de la guerre, n’est plus ce qu’elle était avant. Il a connu une clientèle, essentiellement composée de gens privilégiés, que sa fortune, son rang ou ses ambitions sociales conduisaient vers une notion élitiste du meuble. Laquelle répondait bien à son tempérament et à sa culture de bourgeois français du 19e siècle. 14° Beffroi ruinesPour le capitaine Follot, la formation des «ouvriers d’art» (terme qu’il employait déjà avant la guerre, pour qualifier les artisans du Faubourg) est foncièrement aristocratique, consistant à développer et à aiguiser par l’usage et l’expérience : « un goût instinctif secondé par une adresse naturelle. » L’esprit leur vient tout naturellement (à ces «ouvriers d’art») « à regarder les beaux monuments, les femmes qui s’habillent bien, les parures d’un joli dessin, les magasins bien arrangés, toute cette prodigalité d’idées qu’on ne trouve qu’à Paris. Ce n’est pas le fruit d’un enseignement, c’est une nature ; cela se respire en naissant, c’est le signe de la race. »
Voilà pourquoi l’art se doit d’être « rare, unique et irremplaçable »… donc à la portée de quelques-uns seulement ! Comme il le dit, dans les notes qu’il jette sur le papier, à l’Hôpital Russe de Nice (Promenade des Anglais) où il passe sa convalescence ; notes, qu’il donnera plus tard à son biographe Léon Riotor* : « Au Front, les troupes d’élite occupaient les points sensibles ; la masse se répandait entre elles. » Ou encore : « Tant qu’il y aura des hommes, il y aura une sélection. Les individus pratiquent entre eux, tout naturellement, des choix et des évictions. L’élite aimera toujours des œuvres raffinées et de grande qualité. » Enfin : « Il (l’Etat) doit n’encourager que les créations destinées à satisfaire, non pas l’homme inculte, mais le plus averti. »10° Verdun
En cela, Paul Follot, est bien un artiste de 1900, d’une sensibilité presque féminine dans sa conception du meuble ; s’il n’y avait la construction bien charpentée de son dessin venant tempérer ce côté précieux qui s’en dégage parfois. Comme les artistes du tournant du siècle, comme la plupart des élèves de Grasset, il considère que l’esthétique et surtout les arts du décor concernent d’abord les femmes. La liste des œuvres qu’il présente le plus fréquemment est assez parlante : Canapés bas et profonds en érable moucheté, marquetés de nacre et d’ébène, garnis de velours bleu pervenche sur fond violet ou lilas ; psychés dorées, sculptées, marquetées d’amarante, d’ébène et de buis ; fauteuils très bas, garnis de soieries bleu et argent ; coiffeuses en bois sculpté de gros bouquets de fleurs, doré et laqué bleu de nuit…

   Au lendemain de la guerre, il n’a pas changé de point de vue. Si d’aucuns sont sortis démagogues des tranchées ; lui, croit davantage encore à une hiérarchie du mérite. Aussi, veut-il travailler d’abord pour ce qu’il appelle « l’élite » – il entend par-là : des gens à même de placer très haut des exigences de qualité, et surtout de les payer !- ; créer des meubles raffinés, employer des matériaux précieux, faire tisser des tapis somptueux, pensés comme des compositions picturales, comme des fresques pour le sol, concevoir des intérieurs luxueux, dont le moindre détail aura été pensé par le décorateur : proportions, aplombs, épaisseurs… Son art se veut ainsi une expression plastique, avant d’être un dessin : il faut que « tel motif de marqueterie rappelle tel anneau de bronze » ; l’arrondi d’un lustre, tel enroulement d’un dossier ; le détail d’un tapis, telle volute d’un meuble… Or, ce n’est pas tenir compte (en tous cas, pas assez !) que le monde autour de lui a changé. D’abord l’argent, s’il n’a pas encore passé de mains, ne bénéficie plus de la même stabilité. Dans une Europe, économiquement épuisée par cinq années de conflit, les biens fonciers, les collections, la rente, sont menacés par l’appétit des gouvernements. 19° Arbres déchirésAprès les taxes de guerre sur les objets manufacturés, l’extension du système fiscal, les dévaluations monétaires, les réajustements financiers, la nécessité d’investir pour redresser l’économie et relever les usines… tout cela fait que, plus que jamais, la fortune doit travailler et rapporter à son propriétaire, s’il veut continuer d’en profiter. Et la bourgeoisie- la catégorie sociale où se recrute la majeure part de sa clientèle -est la première à sentir ces bouleversements. Ne serait-ce que parce que les revendications sociales commencent à se faire entendre un peu partout, obligeant l’État à donner satisfaction à la classe ouvrière, en augmentant les salaires avec les conséquences que cela entraîne sur le coût du travail.
Le problème n’est pas nouveau et il se posait déjà pour lui avant la guerre. En 1910, il se plaignait dans une note à son ébéniste, Triscornia : « Je trouve votre facture très exagérée et je ne paierai certainement pas ces prix là ! Du reste, vous devenez de plus en plus cher, et je serai obligé- si cela continue -, de renoncer tout à fait à vous faire travailler. Je vous ai déjà prévenu en vain. Votre ouvrier vous coûte 9 Frs par jour – en vous le payant 13 Frs je fais votre part. –Mais vous voulez beaucoup plus, et ainsi pour tout ! – Soyez plus modéré, Cher Monsieur, ou ce sera la dernière fois que je vous le demanderai, car vous êtes en train de perdre ma clientèle. »

   13° Charette soldat ruines Seulement, le problème se double à présent d’une instabilité profonde dans le domaine des activités artistiques. La situation matérielle des artisans est plus que précaire. Mobilisés pour la plupart, ils ont cessé de travailler le temps des hostilités ; et aujourd’hui, on leur demande de tout reprendre, comme s’il ne s’était rien passé : cotisations sociales, notes impayées des fournisseurs, redressements fiscaux… L’État réclame ainsi à Follot des arriérés d’impôts pour les quatre années passées au Front, alors qu’il est encore officiellement sous les drapeaux et que le commerce du luxe est loin d’avoir repris. Dans les usines, il faut reconstituer les équipes pour pouvoir reprendre la production, trouver de la matière première engloutie par les armées, renouer avec les marchés lointains, reformer les filières rompues ; dans les commerces, remplacer le personnel disparu et payer les dettes, tout en passant des commandes et en cherchant des nouveaux clients ; chez les créateurs (artistes et artisans), renégocier les contrats anciens, qui ne correspondent plus aux réalités matérielles du jour, se faire aux nouvelles demandes, au goût du public qui a changé totalement. C’est là l’avantage d’une bonne guerre bien féroce : qu’une fois terminée, il y a du travail pour tout le monde. Le montant énorme (mais légitime) exigé en « réparations » d’une Allemagne vaincue et incapable de payer, car privée de son équipement industriel et de ses ressources minières, devrait permettre à notre pays de se relever… Et l’on prépare du même coup le prochain conflit. C’est pas intelligent, ça ? Réthorique infernale du « On casse tout et on recommence », d’où nous sommes loin d’être sortis au 21e siècle. Avec, en prime, l’extinction de notre belle Planète bleue.

18° Lever de Terre sur Lune

    « Vous n’avez aucune idée des difficultés que nous éprouvons à présent dans la conduite de notre fabrique » écrit à Paul, qui s’est rappelé dès la fin de la guerre au bon souvenir de la famille Wedgwood, Sir Francis Hamilton, le nouveau directeur de la firme de porcelaine anglaise, après la disparition de Sir Cecil, son oncle, tombé en juillet 1916 dans les combats de la Somme : « vous ne réalisez pas les peines et le travail nécessaires pour exécuter ici des modèles et des décors… » (FHW à PF – 10 juin 1919) Aussi, regrette-t-il dans un premier temps, après l’avoir félicité d’être en vie, de ne pouvoir reprendre leur collaboration d’antan. Les raisons qu’il invoque dans sa lettre sont avant tout économiques, mais également liées à l’absence de clientèle et aux incertitudes du temps. Il faut attendre…
2° Poteries patriotiquesAttendre, Paul Follot ne le peut pas. Il a une famille à nourrir, l’aménagement de sa maison à terminer, les traites à verser pour ses emprunts, partout des arriérés à payer. Son retour sur le marché a un coût : le Secrétariat du Salon d’Automne (dont il est « l’un des plus anciens et des plus assidus exposants ») lui réclame cinq années de cotisations (de 1914 à 1919), sous peine de le rayer définitivement de la liste de ses artistes. Le côté absurde de l’affaire, c’est que ces mêmes organisateurs du Salon ont mis ces sommes réclamées aux exposants en conformité avec la valeur nouvelle de l’argent, alors qu’ils continuent de demander au public le même droit d’entrée qu’avant la guerre : « Un franc de 1914 ! Ce qui ne représente plus aujourd’hui que 35 centimes ! Le même prix que pour monter sur les chevaux de bois, à la Foire du Trône. » (PF à M.Bonifay – 5 sept. 1919) Seulement, il faut aider à la relance de l’économie du pays et pousser les gens à se meubler, à s’habiller… acheter, acheter !

    09-505676Donc Paul Follot n’exposera pas au Salon d’Automne, cette année-là. Les conditions matérielles sont trop défavorables : il n’a pas assez de créations nouvelles en réserve et ses travaux récents ne lui ont pas rapporté suffisamment d’argent, pour qu’il se lance dans une opération hasardeuse. Ne rien vendre sur le Salon, dans l’état actuel de ses finances, équivaudrait à un suicide. Ses confrères (il ne cite personne, mais on songe à des créateurs qui sont accolés à une entreprise, comme Ruhlmann et Laurent, Michel Dufet et Vasset (M.A.M.), Süe et Mare et la Compagnie des Arts Français…) se sont mieux organisés, sur le plan commercial, pour supporter le coût d’un tel événement. Lui, doit d’abord « refaire sa caisse » (PF à M.Bonifay – octobre 1919).

   En dépit des célébrations de la Victoire, 1919 est une année bien sombre. La France enterre ses morts (1.385.000 officiellement et 600.000 veuves)et dresse l’inventaire de ses ruines. Les conséquences économiques et sociales du conflit mondial se font cruellement sentir dans toutes les couches de la société française. Le prix des choses a pratiquement triplé et même quadruplé. En outre, les industries rencontrent mille difficultés à fabriquer, tant à cause de l’augmentation des tarifs de la main-d’œuvre, les revendications sur la durée quotidienne du travail (la loi Renaudel l’a fixée à huit heures, le 23 avril), la pénurie d’ouvriers spécialisés et leurs prétentions grandissantes.
11° Soldats et ruines  La vie ne cesse d’augmenter, tandis que l’inflation a fait un bond de 30%, entre décembre 1918 et juin 1919. Quant aux matières précieuses ! Plus de nacre ! Plus d’ivoire ! Les bois exotiques sont hors de prix ! En six mois, le prix de la soie a doublé sur le marché : « Elle est à 2.070 Frs le mètre et dans six mois ce sera, dîtes-vous bien, mille francs de plus !» écrit-il à son client bordelais, M. Frugès, au sujet des portières pour son salon de musique : « auxquels viennent s’ajouter les 10% de la taxe sur le luxe. » Un prix, fixé en janvier de cette année-là, est une balle qu’on s’est tirée dans le pied, six mois plus tard ! La main d’œuvre est de plus en plus rare et chère. Aussi, les artisans qui ont reconstitué leurs ateliers, sont surchargés de taxes. Ce qui fait monter les prix. « Pas d’ouvrières pour faire des abat-jour ; les vernisseurs au tampon s’arrachent à prix d’or ; les doreurs manquent de matière première »… et les grèves de l’hiver 1919 n’ont fait qu’aggraver les choses : « Bien que j’aie encore beaucoup de travaux en train, lui écrit le 20 mars l’un de ses meilleurs ébénistes : je crois pouvoir entreprendre votre chambre à coucher. Mais, avec les ouvriers d’aujourd’hui, qui quittent l’atelier à la moindre réprimande, il m’est impossible de vous promettre livraison à date fixe. » C’est pour cette raison que Paul Follot exige de ses ouvriers, qu’ils laissent les travaux en cours pour se consacrer exclusivement à ses commandes.17° Convoi militaire

    Une guerre, comme celle qui vient de frapper l’Europe, c’est comme un cataclysme, un tremblement de terre, qui a laissé des fissures profondes dans la société française. Des institutions, qu’on croyait faites pour défier le temps, se sont effondrées ; des idées ont péri, englouties ; de nouvelles ont pris leur place, dans les vides qui se sont créés. Des habitudes et des goûts, qu’on pouvait croire indéfectibles, se sont transformés ou simplement ont disparu ; d’autres sont devenus des modes (comme le fait de fumer en public, d’avoir chez soi un gramophone ; de posséder une salle de culture physique, un bar ou une piscine, pour les plus riches…), avec tout ce que cela entraîne d’objets et de meubles nouveaux, de notions nouvelles comme le confort, l’hygiène, le divertissement, le goût du changement… On est là devant un phénomène social, qu’on pourrait comparer à une vague de fond entraînant tout sur son passage ; d’autant plus intéressant à observer pour nous, que notre société le connaît à nouveau aujourd’hui, pour des raisons différentes : l’usure des institutions, l’inadaptation des vieux modèles à des réalités complètement différentes… toutes conséquentes à une révolution du monde moderne sous le coup des technologies nouvelles, de la mondialisation économique, de la globalisation des rapports sociaux, de l’allongement de la durée de la vie, de l’explosion des communications… Bref, de tout ! Où il faut tout changer si l’on veut encore sauver l’essentiel. C’est une question grave pour des hommes d’expérience, comme Follot, lesquels seraient tentés de jeter l’éponge et de laisser à d’autres, à la jeune génération en l’occurrence, le soin de s’atteler à la tache. Que la jeunesse de bonne volonté assume la suite ! Nous, on s’est battu pour voir venir un monde qui ne veut plus de nous…Salon de musique rue Schoelcher
Voilà ce qu’il pourrait se dire, alors que son ami, le peintre Henry Caro-Delvaille, l’engage à suivre son exemple en s’installant aux États-Unis. Il se dit prêt d’ailleurs à faire intervenir Tardieu, le Commissaire général aux affaires de guerre, pour appuyer sa demande d’expatriation. Tant qu’à partir, Paul voudrait être investi par le gouvernement d’une quelconque mission officielle auprès des Américains. Il s’y rendrait alors le cœur plus léger, avec sa femme et Erwin ; tandis qu’on confierait dans un premier temps la petite Sylvie, dont la santé fragile ne s’accommoderait peut-être pas d’un voyage qui sent par trop l’aventure, à un collège d’excellente réputation, pour la faire venir ensuite, lorsque la famille se serait installée là-bas.

    Qu’est-ce qu’on veut en Europe, en cette année 1919 ? Plus d’objectivité et moins de sentiments, plus de clarté dans les rapports humains, de la lumière, de la vitesse, de la science, des machines… Moins de barrières entre les gens, de frontières entre les cultures ; plus de sens pratique, de professionnalisme, moins de rêve et, paradoxalement, plus d’idéal… En résumé : moins de passé ! (Ce qui ne veut pas dire, moins de tradition). Et cela passe d’abord par le cadre de vie des individus. Dans ce concert de louanges de la nouveauté pour la nouveauté, la France, vieux pays, n’occupe pas la meilleure place. Elle possède – lui accorde-t-on cependant – un « passé merveilleux » et le moindre artisan, au fond de sa province, le connaît bien et en garde le goût et l’habileté au bout de ses doigts. Et c’est là le mérite de quelques hommes de cette génération, qui sortaient de la guerre, que d’avoir compris qu’ils devaient s’appuyer sur ce « passé merveilleux », cette tradition du métier, de l’expérience commune, pour renouveler les formes de leur époque et entrer la tête haute dans le 20e siècle. Une poignée d’artistes comme Ruhlmann, Rateau, Follot, Dufrène, Groult, André Mare, etc… pour ne citer que les plus importants, qui ont voulu prouver que la sève ne s’était pas tarie en ce peuple trop vieux, et que le goût des Français ne s’était pas arrêté au 18e siècle.16° Iribe Chiffonnier

    De l’effort commun de ces artistes est née, au lendemain de la guerre, l’idée d’une grande exposition internationale, qui viendrait annoncer au monde le retour de la France dans le peloton de tête des nations modernes. Les enjeux officiels ne sont pas encore clairement définis ; on ne parle pas encore d’objectifs économiques, ni même de collaboration entre artistes et industries… Mais, en cet automne 1919, c’est un devoir moral et politique que de participer à un effort national pour que se relève le pays. Autant dire que, pour Follot, ce n’est pas le moment de partir…

*Paul Follot par Léon Riotor, L’Art décoratif moderne aux éditions de La Connaissance, Paris, 1923.

La suite, le 23 janvier, avec : L’artiste, l’État et l’industrie…


Fiche technique :

Expositions et œuvres de l’année

(Pour information: Supplément ajouté aux chapitres précédents)

Les expositions de l’année 1919

* Le Xe Salon du Pavillon de Marsan, (du 28 mars au 31 avril 1919, au Musée des arts décoratifs).

Le Mobilier de Follot:

Un boudoir :
– Décoration : plafond doré à l’or mat, tentures murales et paire de rideaux en tissu décoré au pochoir, 1 tapis au point noué de 350 x 200 (3.290 frs),
– Mobilier : 1 meuble-cabinet en amboine et marqueterie d’ébène et nacre (7.400 frs), 1 coiffeuse en bois sculpté laqué et doré (3.800 frs), 1 chaise en bois sculpté laqué et doré (1.600 frs), 1 chaise-longue en bois sculpté et doré garnie d’un damas de soie (1.600 frs), 1 guéridon en bois sculpté et doré au dessus en marqueterie d’ébène formant damier ( coût 1.000 frs/ qui va revenir de Sarrebruck avec un pied cassé trois qui sera réparé par Grandvaux le 28 avril 1920), 1 grande lampe de parquet à pied de bois sculpté et doré avec son abat-jour en soie et glands d’or (1.800 frs), 4 lampes plafonnier en soie et perles de verre (600 frs), 3 coupes en verrerie (900 frs), 1 grand fauteuil en bois sculpté et doré (1.800 frs), 1 psyché en bronze ciselé et doré (1.400 frs) – Total = 26.390 frs.

Une salle à manger :
– Décoration : murs peints d’un ton de brun violet (26 juillet 1919) et ornés d’une frise peinte au pochoir à 190 du sol. Le haut des ouvertures arrondi en anses de panier.
– Mobilier : 1 buffet en bois sculpté et laqué (3.950 frs), 1 desserte en bois sculpté et laqué (2.650 frs), 1 table à 3 rallonges idem. (2.400 frs), 6 fauteuils idem. garnis d’un broché d’argent.
Divers Objets : 1 corbeille en faïence de Wegdwood, 1 vannerie japonaise avec des fruits en forme de courges, 1 perruche japonaise en faïence bleue, 1 aiguière en imari bleu, rouge et or, 1 théière japonaise en bronze vert et émaux, 1 bouddha en faïence blanche sur socle d’acajou, 1 vase en cuivre repoussé et patiné de Jean Dunand (courrier PF – 15 août 1919).

 

* L’Exposition des arts décoratifs à la Foire de Bordeaux, en juin 1919 :

Mobilier de Follot exposé à Bordeaux :

(Equivalence des prix: 1 Fr de 1920 = 3 euros de 2014.)

  • Boudoir (avec pose du décor de la voûte) : 10.600 frs.- lambris laqué : 5.000 frs. Divan : 1.000 frs. 4 coussins : 400 frs. 1 petite table : 600 frs. 1 lampadaire (bois sculpté et doré, passementerie soie et glands d’or) : 800 frs. 1 paire de rideaux en soierie : 600 frs.

  • Chambre de Madame : Tentures en soie : 1.500 frs. Lit et rideaux : 2.000 frs. Table de chevet : 1.000 frs. 1 chiffonnier : 2.800 frs. 2 chaises : 800 frs. 1 fauteuil : 1.200 frs. 1 miroir en psyché (bronze ciselé et doré) : 500 frs. 1 lampe : 500 frs. Prix total: 10.300 frs.

    NB : Ces ensembles, réalisés par la maison d’ébénisterie SAIB (Société des applications industrielles du bois – directeur M. Jaget , 49, Rue Saint Blaise – Paris), seront montrés à l’Exposition de Sarrebruck de septembre à décembre 1919 et endommagés lors de leur réexpédition.

    Textiles de Follot exposés à Bordeaux :

    Par Tassinari & Chatel – et Cornille (1919) : damas gris de Garrine, damas noir de Beaumont, lampas pourpre de Paul Follot, lampas bleu de Garrine, lampas violet de Coudyser, lampas or de Suzanne Lalique, brocart jaune de Dufrène, friselle violet de Baron…

* L’Exposition Franco-Sarroise du Commerce et des Métiers d’Art à Sarrebruck. (Tonhalle, du 28 Septembre 1919 au 15 Janvier 1920)

  • Face à la pénurie d’exposants dans la section des Arts Décoratifs1919 Follot Ruhlmann croquis français, les autorités militaires d’occupation de la Sarre ont alerté le ministère du commerce. On a décidé de donner des facilités aux artistes nationaux, afin de les inciter à y représenter leur pays.

    Les artistes suivants ont exposé :
    – 4 caisses : Louis Sue et André Mare
    – 1 caisse : Emile-Jacques Ruhlmann
    – 1 caisse : Michel Dufet
    – 5 caisses : Paul Follot avec divers objets de Sandoz, Méthey, Massoul, Rapin (une chambre d’enfant) et des tapisseries de Maillaud.

  • Pièces envoyées par Paul Follot :

    Il s’agit d’une partie importante des pièces exposées au Xe Salon du Pavillon de Marsan, ainsi qu’a Bordeaux.

  • Pièces envoyées par Jean Dunand :

    3 assiettes, 2 très grands vases, 1 vase moyen, 2 petits vases, 2 courges en céramique, 3 coupes larges, 1 coupe plate, 1 boite avec couvercle, 2 petits vases, 1 serpent.1920 Dunand Sarrebruck
    NB: Ces 18 pièces sont sa production de la fin des années de guerre et de 1919 (Note de Jean Dunand et fiche descriptive).

    * Salon d’Automne au Grand Palais…

    (Follot n’a pas exposé au Salon d’Automne, cette année-là).

Les réalisations de Follot en 1919

Meubles commandés à l’atelier d’ébénisterie Comte :

* mars 1919 – 1 fauteuil confortable aux pieds plaqués d’érable moucheté verni… 390 Frs. (mars 1919). – 2 Psychés « Cornes d’abondance »….. 2.760 Frs. (mars 1920).

* juin 1919 – 1 meuble demi-lune en amboine verni et marqueterie – 3 portes cintrées en gradin au milieu avec abattant et tiroirs, casiers sur les côtés, dessus en bois….. 4.035 Frs. (juin 1919). – 1 coiffeuse « Cornes d’abondance »….. 1.430 Frs. (11 juin 1919). – 1 chaise « Cornes d’abondance »….. 572 Frs. (11 juin 1919).

* Septembre 1919 – 1 coiffeuse en bois sculpté et doré et 1 chaise au modèle « Cornes d’abondance » (SAIB – 5 sept. 1919).

* Novembre 1919 – Salle à manger au modèle n° 7097, avec sculpture de fruits, laquée rouge – 1 buffet, 1 table, 1 desserte, 1 argentier, 6 fauteuils*….. mars 1920. 1920. Dessins projet de sièges 2Remarque: Les clients veulent de plus en plus des fauteuils de salle à manger, plutôt que des chaises (PF à SAIB – 21 nov. 1919). – 1 petite table laquée bleu….. 21 nov. 1919. – 1 lampe en hêtre, laquée rouge….. 21 nov. 1919.

* Décembre 1919 – 2 petites tables en hêtre pour être laquées avec un tiroir en ceinture et deux portes avec loqueteau va et vient (G.Comte – 16 déc. 1919) – 2 lampadaires de parquet en hêtre pour être laqués.

Meubles commandés à l’atelier d’ébénisterie SAIB :

(Attention : Tous les prix indiqués sont les prix de fabrication.)
* 1 lustre pour un « salon modeste » au modèle « Fuchsia » avec bronze ciselé et argenté, vasque de Daum, cordelière de soie argentée (soie de Cornille)….. 1.525 Frs. (17 mars 1921).

* 1 lustre ovale pour une « salle à manger riche » en bois mouluré et sculpté, doré au pinceau et patiné vieilli, avec ses lampes de dix bougies claires et cordelières….. 26 sept. 1920 ( pour une salle à manger exposée au Salon d’Automne 1920).

Remarques : Paul Follot envoie à l’usine de la Rue Saint Blaise (SAIB) les plans d’exécution de fauteuils, soit 3 dessins :

* 1 plan de petit fauteuil sculpté et destiné à recevoir une dorure « à faire en 3 exemplaires » (indiqué au crayon rouge).

*1 plan de petit fauteuil sculpté et destiné à être laqué « à faire en 3 exemplaires » (indiqué au crayon rouge).

* 1 plan de grand fauteuil sculpté et destiné à être doré « à faire en 1 exemplaires » (indiqué au crayon rouge).
Remarques: Ces dessins sont très détaillés et en taille réelle. Lorsque la SAIB ne peut se charger de la sculpture, elle est confiée à Malclès. «J’ai vu Monsieur Malclès ce matin ; il a bien reçu la chaise 58Dessin 1 chaise corne« Cornes d’abondance » mais, comme elle n’est pas moulurée, il voudrait le faire lui-même » (PF à SAIB – 12 fév. 1920).

* 2 chambres à coucher en frêne et amarante (les plans massifs en frêne de France, les panneaux en loupe de frêne et amarante) : armoire à 3 portes – 2 lits en frêne et amarante – 2 tables de chevet (idem) – 2 coiffeuses – 4 chaises…

* 2 cabinets de travail : 2 bibliothèques en ronce d’acajou verni avec bronzes dorés – 2 bureaux assortis à rideaux en acajou – 4 fauteuils confortables – 4 chaises idem – 2 tables volantes idem – 2 canapés idem… (SAIB – 2 oct. 1919).

Les Bijoux de Follot :

* Mai 1919 – Paul Follot passe commande à la Maison Feuillâtre d’un collier avec 17 topazes cabochon, de taille rectangulaire (Joaillier-sertisseur : Ch. Thuillet & Seifert, 5, Rue Villedo – Paris). Coût de la sertissure : 46, 75 frs.

* Une bague (ce n’est pas Feuillâtre) en or jaune et tourmaline verte (Joaillier Wagner, 114, Rue du Temple – Paris).


Une réflexion au sujet de « Le roman de Paul Follot (Suite 22) »

  1. Aujourd’hui j’ai pris le temps de lire et de me plonger dans le contexte de l’époque. Il est intéressant de remarquer que l’état avec des moyens limités à user de tous ces pouvoirs pour influencer la collaboration entre industriels et artistes décorateurs après la guerre. Aujourd’hui cette période est reconnue comme étant capitale pour les arts décoratifs. On peut se poser la question si le marché seul avait décidé de l’évolution économique et stylistique en serait il de même ? A tout les tenants du libéralisme, la comparaison devrait servir pour comprendre pourquoi la France a perdu du terrain.

    Merci pour ce voyage dans le temps, c’est très instructifs. Je continuerais à vous lire. Encore bravo.

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