Le roman de Paul Follot (La suite 10)

Chapitre 10

Le temps des dettes

     79Bordure guirlande 1Les vacances à Vernon ont valu à Paul Follot quelques déboires avec sa clientèle. Mme. Georges Bernier, l’épouse du directeur des Filatures du Nord, lui reproche d’avoir laissé son assistant, Maurice Lederlé, se charger seul de la mise en place de sa salle à manger, exposée au Salon des Arts Décoratifs de 1911 et réalisée par l’ébéniste Fabry & Grandvaux. Elle lui a retourné le lustre, sous prétexte qu’il n’a pas été doré au mercure mais simplement à la mixtion. David-Nolcken, propriétaire de la maison de fourrures Béchoff-David & Cie, place Vendôme, se plaint également de petits dégâts dans l’installation de sa maison de Boulogne s/Seine : les marbres « vert de Cyros » des deux dessertes ont été abîmés et les ouvriers se seraient servis comme table de travail du buffet ivoire, laqué au four, avec filets vert foncé et motifs de fruits sculptés en ronde-bosse, lequel sortait pour le 2e fois de chez l’ébéniste. P1000688Chez Charles Stern, ils ont taché en plusieurs endroits le grand tapis mauve, qui venait d’être posé. Quant à Henry Bataille, il continue de harceler le décorateur de petits bleus réclamant contre le manque de soins dans l’installation de son nouvel appartement, et surtout les retards- tout devait être fini pour le 20 octobre, et voilà qu’on lui annonce un mois et demi de plus ! Il oublie de dire qu’il a fait par deux fois refaire les peintures (car la couleur ne lui plaisait pas) et qu’on a dû également remplacer les boutons électriques (qui n’étaient pas à son goût non plus) par de tout petits boutons de contact en métal doré à l’or mat (PF – 17 oct.1912).


Ce sont-là les inconvénients du métier, mais ce sont eux qui conduiront Ruhlmann ou Jean-Michel Franck à avoir leurs propres ateliers (comme je l’ai déjà dit au Chap.6), afin de garder le contrôle de leurs créations de A à Z, et ne faire appel à des collaborations extérieures que pour des travaux ponctuels. P1000693Follot a certainement envisagé cette solution, en faisant bâtir sa maison de la rue Schoelcher. Ces nouveaux artistes, dans l’art de concevoir le cadre de vie de leurs contemporains, n’en sont pas encore à faire table rase de la tradition, du moins en ébénisterie. Ce sera-là l’affaire de la deuxième moitié du 20e siècle. Ils font travailler les artisans du Faubourg Saint-Antoine (le lieu parisien où l’on fabrique du meuble depuis plus de 200 ans) dans une direction qui n’est pas encore soutenue par l’usage et le temps. Ce n’est pas de la copie d’ancien (ce qu’ils ont l’habitude de faire), mais ce n’est pas non plus du meuble d’artiste, c’est-à-dire une chose complètement nouvelle, et qui se passe des modèles auxquels on a l’habitude de se référer dans le métier. Une mortaise, une queue d’aronde, un pied à tête ou à tourillon sont des réalités techniques qui exigent une très grande maîtrise des règles, une forme d’excellence de la main, pour traduire dans la matière l’idée que le créateur a jetée sur le papier, au même titre qu’une laque de Chine, un vernis Martin ou un vernis au tampon. La réalisation de choses nouvelles par des artisans rompus au travail dans des vieilles maisons (comme les Frères Cornille, Lauer ou Tassinari & Châtel, pour les beaux tissus ; Grandvaux, Triscornia ou Jouffrey pour le beau mobilier) ne va pas sans tâtonnements et oppositions. Un exemple avec l’ébéniste Jouffrey :
P1000683En se rendant chez son sculpteur, Malclès, Follot s’est aperçu que les pieds avant du siège Cornes d’abondance ont été réalisés en deux parties (qu’on appelle «à tourillon ») :
«Si j’ai spécifié sur mon plan que ces pieds étaient à tête, c’est que je ne veux à aucun prix de pieds à tourillons (sauf dans des cas exceptionnels que j’indique) ; mais, ce qui devient alors tout à fait absurde, c’est de faire un pied à tête en deux morceaux réunis par un tourillon! D’autre part, vous avez fait votre mortaise trop grande et le bois de la tête, à l’endroit de l’assemblage, est si affaibli qu’il est fatalement appelé à casser» (PF à J.– 28 avril 1921).

    Oppositions…Car tous ces artisans du Faubourg Saint-Antoine qui vivent, depuis des générations, de la reproduction de modèles des 17e et 18e siècles, et se considèrent comme une sorte d’aristocratie du meuble, craignent de voir leur métier disparaître avec l’arrivée de ce qu’ils appellent «le mobilier allemand», ces meubles qu’ils qualifient de caisses à savons parce qu’ils se passent de moulures, corniches, pilastres et autres fioritures… A cette nuance près, que Follot ne fait pas partie des extrémistes de la profession. Il n’est pas un Groult, un André Mare, un Francis Jourdain… mais un artiste qui s’inscrit dans la tradition française du meuble, tout en voulant la renouveler pour répondre à des fonctions nouvelles.
L’atelier d’ébénisterie Bréhant, qui veut bien se charger de la fabrication d’un canapé et divers sièges en acajou, d’un tabouret de piano et d’une chaise en érable sculpté, se demande, au sujet de cette dernière : si la bande de marqueterie, qui se trouve sur la partie arrondie du dossier, doit monter jusqu’en haut ? «Mais cela la réduira alors à un mince filHenry_Caro-Delvaille_-_Portrait_de_Madame_Simoneet d’amarante, et ce ne sera pas beau !» Au contraire, ce sont là raffinements de détails, qui font toute la différence.

    Il faut dire que ces nouveaux créateurs sont presque des couturiers, exigeants, attentifs à la moindre nuance d’une essence, d’une teinte, d’une forme : «J’insiste sur le fait qu’il faut obtenir un tissu beaucoup plus clair que celui que vous me proposez, et moins violet car celui-ci, à la lumière, prend cette nuance (…) Il faut absolument que ce soit comme le modèle. De la réussite de ces échantillons dépend pour vous la commande de 105 mètres de tissu ! » (PF – 16 fév. 1921). Ou encore : « Le marqueteur Guillement m’a dit que l’acajou pour les roses sera peut-être trop foncé. Du bois de poirier teinté ferait mieux, selon lui… Oui ! Mais avec une différence de taille dans la qualité !» (PF – 25 août 1911). Et, ils savent exactement ce qu’ils veulent, ces jeunes décorateurs ; aussi cherchent-ils d’abord et avant tout à s’assurer de la qualification des artisans qu’ils emploient, quitte à en changer régulièrement jusqu’à tomber sur la perle rare. La liste des ateliers qui travailleront pour Paul Follot, par exemple, est impressionnante ! et ce dès le début de sa carrière. C’est tout à l’honneur de cette nouvelle génération de décorateurs d’avoir cassé la routine du faux meuble ancien, qui régnait alors sur le Faubourg Saint-Antoine, pour orienter ses ateliers vers une création de qualité. Qui leur aurait dit que, cinquante ans plus tard, on serait retombé dans la même ornière ? Mais, c’est là une autre histoire.

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    Paul Follot n’est pas un ébéniste- il est capable de tourner un pied de commode ou de façonner une armature de fauteuil, dans les règles de l’art –mais il ne réalise pas de meuble de ses propres mains, à l’instar d’un Selmersheim ou d’un Plumet, qui possèdent leur propre atelier où ils fabriquent et vendent leurs créations. C’est un architecte-décorateur (ce qu’on appelait aussi un ensemblier). Il fait travailler les différents corps de métiers liés au mobilier et au décor intérieurs. Il a une idée de meuble ? Il l’esquisse d’abord sur une page de ses carnets, avant de la reprendre au propre sur le papier avec plus de soins et de détails. Puis, il commande à une équipe d’assistants-dessinateurs, un plan grandeur nature de son projet, sur lequel sont portées les indications techniques qui permettront d’en réaliser la maquette en hêtre. Cette dernière, presque aussi chère à fabriquer que le meuble lui-même (Lederlé à PF – 25 août 1911), sera encore contrôlée, éprouvée et modifiée (s’il le faut !), avant d’être confiée à l’ébéniste, marqueteur, bronzier, doreur, laqueur ou tapissier… autant d’étapes et d’interventions qui justifient un coût élevé !

P1000679Lorsqu’un grand dépositaire en bois exotiques, comme la maison Charles & Cie, au Havre, signale par courrier à Follot qu’elle vient de recevoir «une bille d’amboine d’une beauté rarissime» du fait de son parfait état après un temps très long de séchage, d’une veinure et d’une intensité de teinte exceptionnelles… son imagination se met aussitôt en action. Il imagine le meuble qu’il peut en sortir, et contacte des clients susceptibles de lui en passer commande. Suivant la taille de la bille de bois, la densité du bois ou les caractéristiques de sa veinure, ce sera une commode, une desserte, un petit secrétaire…

Comme chez Plumet ou Selmersheim, ses meubles sont faits avec un outillage mécanique ou semi-mécanique. Seulement, à l’inverse de ces derniers- qui cherchent à rationnaliser les formes pour en baisser le coût de fabrication, lui le veut sur mesure, à la commande, à la personnalité du client; sinon en pièce unique (il en fera), du moins en petite série. On trouvera certains de ses modèles les plus classiques- comme la méridienne aux roses ou le bureau en arc de cercle, traités dans des bois différents, des proportions différentes, laqués, dorés… Ce qui ne va pas toujours sans mal : il faut dorer, à la dernière minute, un meuble qui devait être à l’origine laqué ; plaquer d’ébène un guéridon sculpté, alors qu’il était prévu au départ de le couvrir d’un marbre. P1000684Mais la formule est astucieuse ; en se situant à la frontière du luxe et du pouvoir (à ce que Le Corbusier appellera le «meuble pour mandarins »), elle correspond à cette couche sociale qui est en train de remplacer, en France, les cercles de la finance et de la haute aristocratie, encore propriétaire de grands biens fonciers. C’est une bonne bourgeoisie aisée (et non «des milliardaires», comme le prétend Mme Follot mère), un milieu vivant de ses rentes ou exerçant des professions libérales- hommes d’affaires, industriels, et surtout commerçants de luxe, -qui assurera au départ le succès de la «formule Follot».

    Le Salon du Pavillon de Marsan* de 1913 reflète bien cette Notes Salonstransition. On y voit, en même temps que les survivants de la période précédente (Majorelle, Séguy, Plumet, Gallerey, Abel Landry, Gaston Le Bourgeois), les coloristes (notamment dans le textile) qui arrivent avec le bagage des Ballets Russes (Ateliers Français, Marcel Guilleré et l’atelier de Primavera, le premier Ruhlmann), les tenants du mobilier anglais avec leurs tons pastel et des lignes grêles (Huillard, Lucet et Lahalle) ; mais aussi la recherche d’un style plus sobre, confortable, à la recherche des grâces d’autrefois (Groult, Süe et Palyart) ou plus proche de la modernité et des lignes architecturales (Selmersheim, Jourdain, Mallet-Stevens)… Follot se place auprès de ces derniers.

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«Vous êtes, comme toujours, le roi des Arts Décoratifs !» s’est exclamé Paul Géraldy, en accueillant dans son intérieur de la rue Bonaparte, le lit tout en courbes et en lignes claires, dont le seul luxe tient «dans cette simplicité tout à fait distinguée». Avec les Meunier, Cahen, Stern, Boutelleau ou Spitzer, le poète-dramaturge, auteur du recueil à succès Toi et Moi, et son épouse Germaine Lubin, font partie de ses tout premiers clients, ceux d’avant-la-guerre.

Les Géraldy sont engagés dans l’aménagement d’un superbe appartement, boulevard de la Tour-Maubourg. L’écrivain veut que ce soit beau, très beau… A l’époque, la réussite sociale ne s’encombrait pas de scrupules : plafond semé de motifs or et argent («l’or seul serait peut-être un peu lourd ! »). Madame veut une chambre tapissée d’un papier-peint bleu profond, avec une touche de violet… une teinte qui évoque ce bleu, cher à Jeanne Lanvin : «Enfin, ce bleu et cette large vasque d’albâtre sur pied… le mystère d’un clair de lune sur ma chambre».

C’est l’année des couleurs fortes. Les Stern ont voulu qu’il orne d’une niche décorative en mosaïque or, éclairée de l’intérieur, leur salle à manger en marbre noir et rouge, plinthes et consoles d’angles en marbre incrusté de jaspe oriental. Les fenêtres du boudoir sont encadrées d’érable moucheté et les boiseries de l’antichambre, en amarante. Décorés de guirlandes de fleurs, par Ruhlmann & Laurent, les murs du salon sont un cadre parfait pour un petit secrétaire doré, sculpté de roses, et la chaise-longue de Follot au même motif avec sa psyché. L’or, le violet et le rouge sont à la mode. Violet, or et rouge des Ballets Russes, qu’on retrouve chez la couturière Jeanne Paquin ou chez l’ornemaniste Henry Caro- Delvaille, élève de Léon Bonnat et ami d’Edmond Rostand (il a réalisé la décoration murale de la villa Cambo, près d’Hendaye), et que tous les clients n’apprécient pas dans leurs intérieurs. Paul Géraldy trouve le tapis bleu-violet de sa chambre «trop vif, ce qui dégringole l’effet de la tenture» (13 mars 1913).e

1920. dessin projet de chambre FollotTout cela coûte très cher à fabriquer, et les clients (on l’a vu avec le couple Géraldy, dans le chapitre 7) ne sont pas toujours pressés de payer. Le départ des Caro-Delvaille pour les États-Unis, en 1916, après que le peintre, blessé dans les combats, ait été démobilisé,  forcera le décorateur, qui n’a toujours pas été entièrement réglé de sa commande, à saisir une partie de leur mobilier, cinq ans plus tard (en 1921), lorsqu’il vendra son hôtel particulier du 21, rue Rémusat (Paris, XVIe). En fait, le chantier de la rue Schoelcher est arrêté par manque de fonds et, au début de cette année 1913, Paul Follot cherche désespérément de l’argent pour terminer l’aménagement de sa maison. Il a englouti, dans ses projets, sa part de l’héritage paternel et il s’est endetté auprès de sa famille. « Au Comptoir d’Escompte, écrit-il à son frère (à qui il cherche encore à emprunter) : on n’escompte aucun effet si l’on n’a pas déposé de garantie». Même refrain à la Société Générale… Les banquiers du Faubourg Saint-Antoine sont d’accord pour escompter des billets non couverts, à 8% d’intérêt. C’est du vol ! Il a pris contact avec un certain Monsieur Delong, qui se chargerait de lui trouver 120.000 Frs au taux de 4,5%, amortissables en 75 ans sur la compagnie d’assurance La Séquanaise. Encore une arnaque! On essaye de lui soutirer des traites sur dix ans, à un taux prohibitif. Paul va prendre un avocat, ce qui fera traîner l’affaire en justice jusqu’à la fin de la guerre.

P1000695Finalement, c’est son ami Géraldy qui va le tirer d’embarras en lui présentant le banquier Edmond Meunier. C’est un type sec, sans état d’âme, mais efficace. Il accepte de lui prêter 18.000 Frs (environ 50.000€) que Paul pourra déposer en garantie au Crédit Foncier pour obtenir un prêt, «contre un billet payable dans cinq ans et grevé d’intérêts à 3% que vous me verserez tous les six mois» (acte du 12 fév. 1913). Il répètera ses prêts jusqu’à la fin des travaux, car il aime ce qu’il fait et désire le voir travailler pour lui… Enfin, plutôt pour sa femme ! A l’inverse de certains clients- comme le très sérieux scientifique et politologue Gaston Cahen –il n’est pas du genre à pinailler sur le détail d’un accoudoir, la forme d’une clef ou le point de croix d’un motif de la tapisserie. Tant mieux ! Car Paul est tombé sous le charme de Daria Meunier, une jeune femme d’origine Russe, qu’il a commencé par couvrir d’azalées. Elle lui a demandé de décorer leur appartement de la rue Lalo, pour lequel il va créer un mobilier en érable moucheté, incrusté d’amarante et d’ébène, ainsi que des tentures de soie damassée au motif de bouquets de roses, qui sont du meilleur effet sur les corniches du plafond laquées à l’or vieilli. Il lui a proposé une moquette bleue de nuit pour son boudoir, car elle met en valeur «l’enroulement délicat des lignes et la finesse de la sculpture »…

71Détail 2 Chaiselong

Le 20 septembre : 1914. L’année des grandes espérances…

 

 

 

 


 

Fiche technique :

Expositions et œuvres de l’année

(Pour information: Supplément ajouté aux chapitres précédents)

Les expositions de l’année 1913

*Le Salon d’Automne au Grand Palais (du 7 novembre au 30 décembre 1913) :

Mobilier exposé :

– Un onglier en loupe d’amboine et palissandre sculpté par Malclès et fabriqué par Grandvaux (20 nov. 1913/ photographié pour le Salon).

– Une chaise-longue aux roses achetée par les Meunier… recouverte d’un lampas à motifs de bouquets de roses rouges sur fond rose (dessin de Follot et confection de Tassinari & Chatel – n°8997 – 2m.)

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Les réalisations de Follot en 1913 :

Mobilier pour l’Hôtel particulier d’Henry Caro-Delvaille.

Adresse: 21, Rue Rémusat – Paris XVIe (c’est aujourd’hui une maison de santé).

Profession : Artiste-peintre et décorateur (Bayonne 1876 – Paris 1928), élève de Léon Bonnat. Ami d’Edmond Rostand, il réalisa la décoration murale de la villa Arnaga à Cambo-les-Bains. Il voyage à plusieurs reprises auxclinique-5 États-Unis : dès 1913, puis en 1916 (après qu’il ait été blessé et démobilisé); il s’y installe définitivement avec son épouse, Aline, en 1925 (Washington Square – New-York City). Décoration de la villa du Dr. Semprun à Buenos-Aires.

Historique : « Construit en 1913 et achevé un an plus tard sur les plans de son premier propriétaire, Gustave Violet (1873-1952) (…) A la veille de la Première Guerre mondiale, celui-ci le vendit au peintre et décorateur Henry Caro-Delvaille (1876-1928), qui faisait partie du cercle de ses amis artistes. Mobilisé dès août 1914, comme Violet, Caro-Delvaille n’eut pas le temps de profiter de son hôtel, qu’il avait pourtant décoré de plusieurs fresques. Certaines se trouvaient dans le hall, le long d’un grand escalier ; elles ont hélas disparu après des remaniements intérieurs. Blessé en 1916, puis démobilisé, Henry Caro-Delvaille s’installa aux États-Unis. Il revendit en 1920 cette maison, qui fut certainement transformée en clinique peu de temps après. La façade fut modifiée (son dernier niveau fut notamment dédoublé). Ce bâtiment de briques est un témoignage rare à Paris de la période de transition de l’architecture « Art Nouveau » à l’architecture « Arts Déco ». Son élégance et son rythme très original permettent d’apprécier l’architecture de Gustave Violet dont on connaît peu de bâtiments par ailleurs.  »
(Extrait d’un texte publié sur Google, de Mme. Christine GOUZI, Maître de conférences à l’université de Paris-Sorbonne).

Mobilier pour l’Hôtel Caro-Delvaille, avant 1914 :

– Décembre 1913 – salle à manger modèle Corbeille de fruits en érable de France verni, sculpté et marqueté de bois de corail et ébène, à savoir :

* 10 chaises aux dossiers sculptés d’une corbeille de fruits (350 frs chacune, 3.500 frs).

* 1 table (1.800 frs).

* 1 desserte aux portes sculptées Corbeille de fruits à dessus de marbre (1.600 frs)

Coût total = 7.600 frs (réglés en partie en dollars en 1919 – 1 US $=7 frs.)
Nota : La salle à manger en sycomore sculpté (érable de France), bois de corail et ébène (devis établi en fév. 1914 et livraison au début de la guerre), comprend :
* 1 dressoir en érable de France et filet de bois de corail, avec dessus de marbre Portor (marbrier : Paul Berthier – Paris)….. 3.900 Frs.

* 2 dessertes d’angle en érable de France et filet de bois de corail, avec dessus de marbre Portor (Paul Berthier – Paris)….. 2.400 Frs.

* 1 table ovale avec pieds de secours et 3 rallonges….. 3.900 Frs.

* 1 cadre avec son miroir….. 750 Frs.

* 10 chaises Corbeille de fruits garnies de cuir naturel….. 6.800 Frs.

Nota : Cet ensemble de meubles n’ayant pas été totalement réglé, peut-être à cause du départ des Caro-Delvaille pour les États-Unis en 1916, il fera l’objet d’une saisie de Paul Follot en 1921.

A cette commande s’ajouteront, en 1919 :

* 1 lustre en bois sculpté et doré, orné d’une verrerie bombée et dépolie, encadrée de dix lampes sous verreries dépolies, le tout tenu par 6 cordelières….. 600 Frs.

Paul-Follot-treille1* La frise courant sur le sommet des murs, représente un treillage avec des guirlandes de fleurs sur fond de ciel. Elle est peinte à l’huile sur toile marouflée de 1,35 m. de haut….. 160 Frs. le m.

* 2 grandes lampes sur pieds en boules, le tout en bois sculpté, laqué en 2 tons, avec leur abat-jour de soie plissée….. 500 Frs. chacune.

* 1 petit pied de lampe en poirier noirci et ciré….. 500 Frs.

Nota : Le mobilier de 1913 a été exécuté par l’atelier Tiscornia ( 27, Rue du Colisée – Paris VIIIe). Pour celui de 1919, par l’atelier SAIB (49, Rue Saint-Blaise – Paris XXe) et galerie d’exposition (162, Rue de Charenton – Paris XIIe).

Mobilier commandé à l’atelier Tiscornia :

– Mai 1913 – 1 table en acajou – 1 divan avec ses meubles de côté – 2 chaises en sycomore et amarante (coût de fab. 240 frs) – 1 bureau en sycomore et amarante (coût de fab. 360 frs) – 1 table à thé en acajou (coût de fab. 160 frs) – 1 table à thé à 6 pieds en amarante, nacre et ébène (coût de fab ; 180 frs).

– Juillet 1913 – 1 desserte en citronnier et olivier pour Mme Meunier (coût de fab. 475 frs.) – 1 table de bibliothèque en acajou pour Paul Géraldy (coût de fab. 135 frs.)

– Septembre 1913 – Aménagement du Grand Salon de la maison de la Rue Schoelcher (coût de fabrication : 2.800 frs.) soit : boiseries d’acajou et armoire, 2 sièges de cheminée ( ?), 1 fauteuil confortable, 1 bureau demi-lune (le bureau de Paul Follot) (coût de fab ; 550 frs.), 1 bibliothèque – Aménagement de la Chambre à coucher en amarante (coût de fab. 6.750 frs.) soit : 2 lits à baldaquins (coût de fab. 500 frs.), 1 chiffonnier à deux glaces (coût de fab. 850 frs.), 1 table rectangulaire à deux plateaux (coût de fab ; 180 frs.), 2 tables de chevet (350 frs.), 1 fauteuil (120 frs.), 2 chaises (130 frs.), 1 miroir ovale (140 frs.), 1 grand miroir plein cintre (230 frs.)

– Octobre 1913 – 2 fauteuils en amarante pour M. Stern et 2 chaises idem (Stern) – 1 tabouret érable et amarante.

– Décembre 1913 – Un ensemble de boiseries en acajou avec leurs armoires et 2 sièges de cheminée pour Mme Schwenk – 2 vitrines en sycomore et bande d’ébène jouant sur le contraste blanc et noir.

Les papiers peints avec Charles Follot :

– Fin 1913 – Papier peint velouté bleu sombre à rayures argent, qui a été exposé avec succès au Salon d’Automne. Paul Follot recommande au fabricant (la Manufacture Charles Follot) de se rapprocher le plus possible, pour la richesse et la fraîcheur du coloris, d’un échantillon de soierie qu’il joint à sa commande (PF à CF – 16 déc. 1913)
– Papier peint fond mauve à rayures vertes (toujours croquis de Paul Follot) : « Monsieur Paul Follot me charge de vous dire qu’il trouve le papier que vous lui avez soumis un peu foncé et il désire que vous lui fassiez établir un autre échantillon du même ton, mais avec un violet rouge un peu plus clair » (PF à la manuf. CF – 8 janv. 1914).

Les verreries de Paul Follot :

– Juin 1913 – 3 panneaux pour la salle à manger de la Rue Schoelcher à décor de fruits en verre américain – 4 disques de verre bleu chamarré pour tamiser la lumière d’une ampoule.

Les bijoux de Paul Follot :

– mars 1913 – Une bague « Toi et Moi » en platine, émail et béryl rose avec des brillants (façon : Maison Fernand Grange, 7, Rue de la Douane – Paris).

Les flacons de parfum :

Paul Follot diversifie ses activités… En 1913, les parfums Clamy (30, avenue des Champs-Elysées) lui commande 6 modèles de flacons. Il va fournir les plâtres et les moules (pour 250 Frs. le modèle). Chacun doit porter gravée la signature Follot. Il négocie un bonus de 10% sur le prix de mille exemplaires vendus.

2 réflexions au sujet de « Le roman de Paul Follot (La suite 10) »

  1. Bonjour,
    Pourriez vous me contacter? Je prépare un ouvrage sur un artiste contemporain et ami de Follot.
    Bien à vous.

  2. Bonjour
    Je dispose d’une coupure de presse que je date de 1914 et qui présente la maison de Paul Follot (un article signé André Warnod avec pour titre « Arts décoratifs et curiosités artistiques/ La maison de Paul Follot ».) Connaissez vous le titre de ce journal et la date de parution de l’article?
    Par ailleurs je prépare un texte pour l’édition des premiers écrits de Mallet-Stevens entre 1907 et 1914, auriez vous des informations sur les relations entre ces deux artistes, sachant que Mallet-Stevens a publié en 1914, dans la Petite illustration, l’image de la chambre de Madame Follot présentée au salon d’Automne de 1913. Bravo pour votre « roman Follot ». Je suis passé ce matin devant la maison où une affiche annonce la transformation du rez et de l’entresol pour la fondation Giacometti qui j’espère respectera ce qui peut l’être des aménagements d’origine
    Bien à vous.

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