Considérations esthétiques sur le IIIe Reich

Que reste-t-il aujourd’hui du IIIe Reich ? Peut-être pas un bâtiment, une peinture ou une œuvre plastique qui puisse être comparés à ce modèle grec classique auquel ses artistes voulaient se conformer, mais autre chose de foncièrement original : le style d’une époque qui fut la dernière grande aventure du génie européen… Allez vous en rendre compte sur le terrain d’aviation de Tempelhof, à Berlin. Les casemates d’Heathrow, Roissy CdG et consorts peuvent aller se rhabiller…. Et conçu en 1936 par Albert Speer.
Aussi peut-on comprendre la fascination que cette période exerce encore sur la jeune génération. Fascination qui, à l’heure des décadences, des Lady Gaga et Conchita Wurst, n’est pas la énième manifestation d’une vieille névrose mal guérie, la nostalgie morbide pour une époque étrange où tout a failli basculer, mais d’un esprit qui ne doit pas mourir. Comment définir cet esprit ? Je dirai qu’en gros 2.500 ans de culture commune nous distinguent de l’Orient ou du monde asiatique, et que le reste, qui est venu de tout temps se réunir à cette culture, est anecdotique, passager, enrichissant certes, mais seulement s’il trouve sa place dans cette histoire tumultueuse qui est la nôtre.
L’Art du IIIe Reich s’inscrit dans le bilan esthétique du XXe siècle, au même titre que la découverte des Arts Premiers ou la déstructuration du Réel par les Impressionnistes et sa suite logique qui aboutit, encore une fois, à une impasse, celle de l’Art contemporain. Il y tient même une place plus importante du fait qu’il représente une tentative, condamnée d’avance parce qu’elle était étroitement liée à une idéologie politique. C’est à cause de cette liaison plus que dangereuse, qu’il ne reste pas grand-chose aujourd’hui de ses réalisations – reniées par d’aucuns, pour qui l’intervalle de presque trois-quarts de siècle n’est pas suffisant pour juger avec le détachement de l’historien les quelques volumes de pierre, aigles ou statues de bronze que j’ai répertoriés dans Berlin. La plupart des œuvres qui ont été créées entre 1936 et 1944 ont été détruites par les bombardements, saccagées ou utilisées pour bâtir de nouveaux temples à la gloire des vainqueurs – à l’exemple de la Chancellerie du Reich dont les restes ont servi à édifier le Mémorial de l’Armée Rouge à Treptow…
Ma tentative est peut-être prétentieuse, vu l’étendue de cette ville et le fait que ce qui est encore debout de cette époque se cache derrière les constructions plus récentes. En même temps, je veux rappeler ce que furent ces projets et ce que devait être cette Allemagne du IIIe Reich.

A suivre : L’Aménagement de Berlin…