Caca ou Une vie de chien

Epilogue, en guise de prologue

    Comme le veut la Constitution, les candidats n’ont pas parlé aux Français depuis quelques semaines. On commence à trouver le temps long. Droite ou Gauche ? Eternel dilemme. En ce deuxième tour, pour qui faut-il voter ? La question, pour le protocole, n’a aucune importance : les Parisiens qui habitent les maisons du bord de Seine, s’ils se sont mis à leurs fenêtres en ce dimanche matin, ont vu passer les chevaux de la Garde républicaine, aux sabots ferrés qui résonnent sur l’asphalte des quais, les casques et sabres rutilants, shakos et crinières au vent, comme sous Napoléon. Les plus prévoyants se sont rendus aux urnes, dès l’ouverture des bureaux ; les autres attendent sagement chez eux qu’il soit midi, pour trouver la file devant les tables et avoir le plaisir de saluer les voisins avec cette politesse un peu compassée, qui va avec l’exercice du premier devoir d’un citoyen. C’est d’ailleurs le seul jour en France (et cela est si exceptionnel, qu’il vaut la peine de le souligner), où l’on évite d’aborder le sujet politique.
Il n’en est pas de même sur les chaînes de télévision. Depuis les informations de 13 heures, et après la parenthèse obligée du sport et autres réjouissances dominicales, il n’est question que de ce qui va sortir ce soir des urnes. La tension monte d’heure en heure. Des flashes donnent l’ambiance dans les bureaux de province. Dans le jour qui descend, l’on voit des visages inconnus s’efforcer, pas toujours avec succès, de répondre aux questions qu’on leur pose depuis les studios de Paris. Le « Grand Show National » a commencé. Vieux et jeunes meneurs de plateaux ont rassemblé autour d’eux leurs invités, qui vont se succéder à un rythme de plus en plus accéléré ; sur un ton affable et bon enfant au début, plus agressif- voire même violent -après que seront tombés les résultats, pour tourner à l’empoignade verbale en fin de soirée. C’est la seule nuit (après la finale en direct du Mondial) qui justifie les retards du lendemain au bureau et le remplissage des restaurants (avec l’arrivée du Beaujolais primeur). On n’y parle plus que de politique et l’on sent bien, à la chaleur des propos, qu’un chacun va faire son possible pour que le nouveau gouvernement ne trouve que des embûches sur son chemin. Sagesse merveilleuse d’un peuple, qui a compris (passez-moi l’expression) que faire chier tout le monde était encore la meilleure façon d’exister.

    Mais revenons à notre plateau de télévision. Les aiguilles tournent, l’heure avance et le prompteur, avec les minutes qui défilent, apparaît de plus en plus souvent à l’écran. Alors qui ? Qui va être le nouveau Président de la République ? Le petit gros, au visage ahuri, qui inspirait tellement confiance aux Français, mais à qui l’on reproche aujourd’hui de n’avoir rien fait de remarquable durant les cinq années de son mandat (le seul argument en sa faveur est qu’il connaît Madame Merkel) ; ou le petit gros, au visage hargneux, qui inspire tellement confiance aux Français, mais à qui l’on reproche ses allures de tyranneau levantin et sa façon d’aboyer presque, quand il se met en colère- c.à.d., quand quelqu’un (un journaliste le plus souvent) a la prétention de le contredire ou de se porter à faux par rapport à l’une de ses déclarations. (NB : il connaît également Madame Merkel…entre parenthèses : une autre petite grosse !). La politique française se joue entre gros à un mètre cinquante-trois du sol. Mais les électeurs n’ont pas le choix. L’heure est grave : il s’agit de faire barrage à la troisième candidate, une blonde vindicative que tout le monde espère et que personne ne souhaite. Il faut signaler qu’elle ne connaît pas Madame Merkel. Autant dire que c’est un plongeon dans le vide qu’elle propose, un retour à l’Age de la Pierre avant la taille du silex… et puis, deux blondes ensembles, cela ne peut pas marcher ! C’est évident. Bref ! Jusqu’à présent, tout a bien fonctionné. On a réussi à écarter au premier tour LA MÉGÈRE. Reste à savoir, lequel des deux candidats va gouverner la France : L’AHURI ou LE HARGNEUX ? Cinq, quatre, trois, deux, un… L’heureux élu est LE HARGNEUX ! Suivant un procédé virtuel qu’on améliore tous les cinq ans, son visage se dessine en même temps sur tous les écrans de télévision. La nouvelle fait immédiatement le tour de la planète et, dans les heures qui suivent, au plus tard demain au réveil, tous les habitants de la Terre (ou presque) sauront que la France s’est choisi démocratiquement un nouveau président. La parole est à ce dernier, pour une première allocution, en direct de son QG de campagne.

   LE HARGNEUX ne se tient plus de joie. Autour de lui, ses supporters mènent un joyeux chahut : le bruit des bouchons de champagne se mêle aux sonneries des portables ; on fait le signe de la victoire et l’on agite les mains à l’adresse des personnes qui pourraient vous reconnaître devant leurs récepteurs ; on s’interpelle ; on chante, on s’embrasse…Le silence se rétablit peu à peu lorsque le nouveau président gravit les marches du podium, pour tenir son premier discours officiel. Que se dit alors quelqu’un qui a atteint la fonction suprême dans son pays ? Et bien, qu’il a furieusement envie de se gratter la queue. Cela a commencé, ça fait bien plus d’une heure, par un picotement intempestif à la base, dans la partie charnue. Il a pensé d’abord que ce pouvait être un poil, qui aurait pris les autres à rebours et s’enfoncerait cruellement dans la chair tendre, à cet endroit, comme une petite aiguille qui le tourmente au point qu’il ne pense plus qu’à cela. Il espère que ce n’est pas un parasite, que lui aurait collé la Rousse frisée de l’Oural avec qui il a fait des galipettes, hier soir. On ne peut pas toujours refouler la bête ! Elle avait pourtant l’air correcte… Allez savoir ? En tous cas, cette sensation désagréable ne veut pas s’apaiser. Elle a même augmenté, à mesure que les sondages s’affichaient en sa faveur et que la tension montait, pour devenir une sorte de chatouillis qui se propage de la racine vers le bout, de façon profonde et continue, si insistante, qu’il en frissonne jusqu’à la nuque et doit faire un effort surhumain pour ne pas y porter les ongles et se gratter frénétiquement. Que faire, dans des moments pareils ? Il pourrait, bien sûr, glisser une main dans sa poche et s’exécuter discrètement d’un index vigoureux. Non! Tout le monde s’en apercevrait! On critique assez comme ça ses mauvaises manières. Il pourrait aussi prétexter un besoin urgent et mettre le cap, encadré par ses gardes du corps, vers les petits coins. Là, derrière la porte close d’un cabinet, il aurait tout loisir de soulager sa démangeaison, de la suçoter, s’il le veut ! la mordiller à belles dents! Vous souriez ? Il est tout seul! Il peut même se livrer à une petite inspection, histoire de se rassurer…

    Seulement, vous imaginez la scène, devant un parterre de fans en délire, au milieu des représentants des principaux médias du pays ? D’une envie pressante du Président, on aurait vite fait de faire une indisposition. De là, à l’attribuer à quelque maladie grave, une incontinence, un dérangement de la vessie… Dieu sait ce que trouveraient à raconter les journalistes ? Ils sont si mauvaises langues. Tiens ! Un cancer de la prostate, par exemple… Vous me direz, ça les occuperait tout au long du quinquennat. Mais quel fâcheux parallèle avec un cas antécédent dans la fonction ; quel funeste présage, pour une politique qui se veut jeune et innovante, que ce bégaiement de l’Histoire entre deux leaders d’opinions si ouvertement opposés. Non ! Se rendre aux toilettes en ce moment solennel est une solution inenvisageable, si l’on ne veut provoquer une affaire d’État.

    Mais alors que faire ? Il ne peut quand même pas demander à son chef de cabinet de s’approcher de lui, très près, et de faire mine de lui parler à l’oreille, tandis qu’il lui gratterait discrètement cette partie intime de son anatomie : -« Oui ! Là, plus bas… Vous y êtes ! Grattez ! Grattez plus fort ! Vous sentez quelque chose ? Ah, c’est bon ! C’est bon de vous avoir sous la main…» Il n’est pas le sultan de Kapuntala ou le Glaoui de Marrakech. Sa personne ne fait pas encore l’objet d’un culte dans le pays. D’ailleurs, le protocole ne doit pas avoir dans sa panoplie, de grattoir de la queue présidentielle, ni même de chasse-mouches de la touffe nationale. Et puis vous imaginez s’ils étaient surpris ? Qu’une photo vienne fixer la scène ? « La main du futur Premier ministre dans le pantalon du Président ! » Il voit d’ici la Une du Canard Enchaîné de mercredi prochain, sur son bureau. Quel scandale ! Toute la France en rirait… Et pour comble, voilà que, dans les profondeurs de son caleçon, elle s’est mise soudain à frétiller. Il la sent, telle une sardine dans la nasse, qui s’agite, tressaute, se tend, va de droite et de gauche, se raidit, se bande… Des gouttes de sueur perlent sur son front. Comme il a eu raison, se dit-il, d’insister pour que son tailleur lui coupe son veston croisé très long. Pour plus de précautions, tandis qu’il se dirige à grands pas vers les micros, il tire sèchement sur le pan d’étoffe et ajuste le dernier bouton du bas.

    Il s’installe, se campe fièrement devant les caméras. Par chance, la tribune est construite d’une telle façon, que la partie inférieure de son corps échappe à la vue du public. Il faut dire et répéter, qu’il n’est pas bien grand ! Derrière lui, personne, sinon, sur l’écran géant, l’envolée tricolore des couleurs nationales avec le logo de son parti. Rien qui puisse être le témoin du mouvement incongru qu’il va tenter de faire. Pas de caméra dans le dos ? Rien ! Il écarte alors grand les jambes, tord vers l’arrière la droite, soulève le genou jusqu’à la hauteur du bassin, en prenant appui des deux mains sur le rebord du pupitre, pour ne pas perdre l’équilibre et rester bien droit, et là… il se gratte énergiquement, jusqu’à s’en faire mal. Ouf ! Le picotement a cessé. Il adresse alors un large sourire de soulagement à la salle, s’essuie les lèvres d’un geste rapide de la main, et commence avec cette belle voix, chaude et profonde, qui remue les entrailles : -« Mes très chers compatriotes, Chères Françaises, Chers Français ! Merci ! Merci, c’est bon ! (L’assemblée applaudit à tout rompre)… C’est si bon de vous avoir devant moi (il écarte largement les bras vers la salle, comme s’il voulait l’embrasser, ce qui provoque un nouveau tonnerre d’applaudissements). Et non ! (hésitation qui prépare un nouvel effet)… Et non, derrière! comme c’est le cas pour certain! (allusion au candidat perdant, qui est soulignée par des gros éclats de rire). Etc. »

    « -Mais, enfin ! Vous dîtes-vous, en ce moment : Vous n’allez tout de même pas nous faire croire que, pour sauver la face, le Président de la République puisse se livrer à une acrobatie pareille ? A une contorsion invraisemblable du bassin, qui rappelle (pardonnez l’image!) celle du cabot levant la patte au pied d’un lampadaire ? » -Alors là, excusez-moi ! Vous n’aviez pas compris ? Qu’étiez-vous en train d’imaginer de scabreux ? Mais c’est bien d’un chien, qu’il s’agit. Voyons ! D’un chien qui se gratte la queue, comme le ferait un chat, un chimpanzé, ou tout quadrupède aux pattes dotées de doigts. Vous n’aviez donc pas lu le titre ? Comme il pourrait se gratter les oreilles, le museau, le dos ou quelque autre partie du corps. Maintenant, par quel prodige un chien se comporte, s’habille, parle et écrit comme un humain ? (Pour la ressemblance, vous sous-estimez par trop les talents des maquilleuses, des chirurgiens esthétiques, des tailleurs, des coiffeurs et des coachs…) Par quel coup du destin accède-t-il à la plus haute fonction d’un grand État ? C’est ce que je vais essayer de vous raconter dans les chapitres suivants…

La suite avec le Chapitre premier :
Comment Caca vint au monde sur un dépotoir à ordures, dans le Sud de l’Espagne…

A Halbe, les lauriers sont coupés.

A mon ami Christian de La Mazière qui défendit Berlin.

Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés… Les trois belles que voilà s’amusent à les ramasser, tout en batifolant au milieu des bruyères sauvages et des coussins de mousse. Elles s’en tressent des couronnes qu’elles posent sur leur tête, tout en m’agaçant du coin de l’œil. Pas folles les guêpes… A laquelle vais-je donner la pomme ? Comme j’ai eu tort de les emmener ici, dans ce bois de Halbe où s’est déroulée la fin de la Bataille de Berlin. 40.000 Allemands, militaires et civils mélangés. Vieux, jeunes, presque des enfants, des femmes aussi… Tous presque sans munitions, avec des fusils récupérés dans les casernes. Ils avaient décidés d’arrêter l’avancée des troupes soviétiques dans la cuvette de Halbe, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de la ville. 250.000 soldats, sous les ordres du maréchal Joukov, les ont pris en tenaille des hauteurs de Teupitz, Märkisch-Buchholz, avant de leur tomber dessus. Une hécatombe qui a duré une semaine. 24.000 Allemands ont péri le premier jour dans des combats au corps à corps qui se sont poursuivis dans le petit village même de Halbe, maison par maison, comme on s’était battu ici, arbre après arbre. Des pins qui dressent très haut leurs troncs rouges. Il n’y a eu aucun survivant. Ils sont tombés presque à l’endroit où des plaques de pierre portent gravés leurs noms. Pour ceux qui ont pu être identifiés. La plupart avaient choisi de partir à la mort dans l’anonymat. Quand ils n’étaient pas une bouillie de chairs, écrasées par les chenilles des chars soviétiques. Un vrai sacrifice humain, comme il s’en entend des temps très anciens. Peut-être sont-ils tombés avec le sourire, en criant le nom de leur Führer. Il faut imaginer, s’ils se dressaient tous soudain au-dessus de leurs tombes, qu’ils formeraient une forêt d’ombres semblable à celle qui frémit sous le vent, aujourd’hui, devant nous.
Dans la petite chapelle qu’on a élevée au milieu du cimetière, des affichettes, accompagnées d’une lettre, d’une photo, cherchent toujours à retrouver la trace d’un frère, d’un ami, un fiancé, un parent. On découvre encore quantité de choses avec les détecteurs à métaux…
Nous n’irons plus au bois… Car ce n’est plus la forêt de Halbe qui se souvient, les pierres, les troncs rouges alignés, les espaces vides, les pleins… Mais le sol spongieux de mousses sur lequel nous avons marché. Tu t’en souviens ? On s’y enfonçait à mesure qu’on avançait. Des millions de mousses qui formaient un tapis moelleux sous nos pieds. Un espace sacré, que nous avons profané. Pas de voyeurisme à Halbe. N’en parle à personne. N’y emmène jamais plus de touristes… Fussent-elles jolies.
Les lauriers sont coupés… et il n’y a personne pour les ramasser. Sauf peut-être ce promeneur solitaire, pèlerin du souvenir, que nous avons croisé sur un sentier. « Je suis un fasciste, un nazi, un vieux réactionnaire… » nous a-t-il dit, l’air résigné. Il nous a dit aussi que les Allemands avaient essayé de tenir sur la position la plus élevée dans le paysage, le haut du mamelon, au milieu de ce qui devait n’être plus qu’un terrain vague, ravagé par les tirs des katouschkas. Cela s’appelle une redoute, en langage militaire. C’est là qu’on a dû finalement les écraser et, sur la bouillie des corps, les leurs mêlés à ceux des Russes, 50.000 morts en tout, a poussé ce champ extraordinaire de mousses, vertes, tendres. Une couverture chaude que la nature a allongée sur ces morts. Mais – les trois belles l’ont remarqué comme moi… sans vie! Les oiseaux ne chantent pas dans le bois de Halbe, car ils ont la mémoire plus fidèle que les hommes.

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Les reliques de l’armée soviétique à Berlin

De 1945 à 1991, les Russes ont occupé des positions stratégiques en Allemagne de l’Est afin de parer à un éventuel conflit avec l’Occident. Frappés en leur temps du « secret défense », ces lieux sont aujourd’hui des enclaves protégées où pourrissent les vestiges de la force de frappe soviétique.

Aucune carte ne signale ces zones interdites autour de Berlin. On tombe dessus par hasard. La route trace son sillon d’asphalte sous le dôme vert des grands arbres. L’ombre blanche d’un bouquet de bouleaux glisse, telle un fantôme égaré, entre les lignes noires des sapins. La Prusse profonde. Quelque part entre Teupitz et Halbe, où se déroulèrent de février à mars 1945 les derniers combats qui ouvraient Berlin à l’Armée Rouge. Le paysage est idyllique, mais on n’y entre pas. Tout le long, la forêt est fermée d’un grillage et des panneaux signalent qu’il est dangereux de s’y aventurer. Fort heureusement pour nous, la clôture présente quelques points faibles. Nous laissons notre voiture, pour continuer à pied. A quelques mètres d’un poste de contrôle abandonné, un amoncellement de cailloux et de troncs, sur deux ou trois mètres de hauteur, barre le chemin. L’obstacle franchi, on découvre une autoroute à quatre voies traçant une longue ligne blanche à travers la forêt. Elle est là, déserte et silencieuse, toute droite jusqu’à l’horizon, tachée par l’ombre vagabonde des nuages qui courent vers la Pologne. Autoroute ? Piste d’atterrissage ? Les deux. C’est ici, à Brand, que les Russes avaient leur principale base aérienne. Les grandes ogives de fer des hangars élevées autour d’un terre-plein dallé, servaient à abriter entre autres les Mics 21. Les dalles de béton n’ont pas bougé d’un centimètre. Seuls les bas-côtés sont un peu envahis par la végétation. Ce qui ne rend pas l’endroit moins imposant.
Après cinq kilomètres de marche dans cette profonde solitude – et un second talus franchi, la piste de béton continue sur un kilomètre ou deux et puis un mur gris se dessine, à gauche, entre les éboulis et les barbelés. Derrière, se cache l’un des cinq dépôts de missiles stationnaires en Europe, avec Himmelpfort, Stolzenhain, Waren et Bischofwerda, des 31 sites d’armement nucléaire soviétique dans l’ancienne RDA. Le dépôt de Brand-Wusterhausen (que les Russes désignaient sous le nom de code Totschka) était particulièrement important du fait qu’il rassemblait, dans un même lieu, la force de frappe aérienne, les missiles nucléaires, ainsi que les réserves d’artillerie lourde et les armes chimiques de combat. Un arsenal entreposés ici, dans un vaste complexe militaire aménagé sous la forêt, sorte de grand bunker dont la rampe d’accès semi-circulaire ouvrait à flanc d’une butte, plus au moins artificielle et cachée par la végétation. En cas de conflit, le haut commandement des forces soviétiques aurait donné au chef de l’état-major du dépôt de Totschka l’ordre de convoyer les têtes de missiles, les fameux 9K79, vers les autres bases. Un réseau souterrain de rails et de rampes motrices facilitait leur acheminement jusqu’aux camions blindés et de là vers les pistes de béton et les abris aériens que nous avons traversés.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette machine de guerre ?
Des baraquements aux toits effondrés, assez vastes pour abriter des blindés et leurs remorques, des pistes d’atterrissage, des successions de bureaux aux verrières crevées ouvrant sur le ciel, des bâtiments à demi en ruine. Débris de verre, fenêtres arrachées, intérieurs dévastés où les derniers vestiges de la présence militaire soviétique sont livrés au vandalisme… Le chemin bétonné conduit jusqu’à une sorte de clairière, fermée du côté gauche par de grands hangars. A droite se dressent toujours les rampes de lancement des missiles. Six pylônes de béton tachetés de vert camouflage, auxquels sont rivés des têtes de pont métallique. Une loupiote, dérisoire, se balance encore au-dessus d’une longue inscription en lettres cyrilliques. Six totems qui flanquent l’entrée du bunker, à demi ensevelie sous les gravats. Une butte de cinq mètres, qu’on s’est apparemment dépêché de combler avec des bulldozers. Le sommet montre encore un bout du cylindre d’acier des vantaux qui glissaient latéralement sur des rails, pour livrer le passage. Ils doivent avoir une épaisseur considérable, si l’on en croit la blessure qu’ont laissée des intrus, en essayant de découper le métal au chalumeau. Une entaille d’à peine un demi centimètre de profondeur. Nous mesurons la folie de leur tentative, en heurtant la paroi métallique avec un caillou. Un bruit sombre, sans écho, montre assez qu’elle est aussi compacte qu’un rocher. D’énormes conducteurs, montés sur rails, devaient coulisser pour donner accès à l’intérieur.
Des conduites d’aération se dressent au milieu des ronces ; des trappes ouvrent sur des marches en ciment qui conduisent vers des passages souterrains. Combien y en a-t-il ? Sur quelle distance s’enfoncent-ils sous la forêt ? Le site de Brand était placé au plus haut niveau « Secret Défense ». Il n’existe aucun relevé de ce vaste complexe souterrain. Personne n’y avait accès ; pas même les militaires qui servaient cette base… Cinq cents, un millier, dix mille dit-on à l’époque de la guerre froide ! Sinon les ingénieurs russes chargés de l’entretien de ce matériel de guerre. Il est difficile encore d’en percer les secrets.
A Totschka, comme dans les autres bases soviétiques que nous avons explorées, à Zossen, Brand, Wünsdorf où stationnaient les troupes du maréchal Joukov – le vainqueur d’Hitler, l’homme qui prit Berlin à la tête du premier front biélorusse, Bernau au nord, dans les petites communes de Teupitz ou de Waldstadt dont les habitants (ou plutôt ce qu’il en restait en 1945) durent faire de la place à quelques 30.000 soldats soviétiques jusqu’à la chute du Mur… le sol est empoisonné par les produits toxiques, gaz, amiante, déchets chimiques et même, selon certains, radioactifs. Des bidons seraient encore enterrés sous ces décombres. Avis aux curieux ! Fichés en terre, à une cinquantaine de centimètres de l’humus, des petits panneaux métalliques représentant une tête de mort ou une mine avertissaient du danger. Ils ont depuis été arrachés et on ne sait plus trop sur quoi on marche. On constate seulement que le sol résonne sous nos pas, comme si c’était creux en dessous.
Des traces d’inscriptions en caractères cyrilliques, des caisses éventrées, des restes d’uniformes, des vieux manteaux, des vieilles chapkas qui disparaissent dans l’immense pourrissoir de la forêt, s’agrègent peu à peu avec l’herbe et la mousse… Voilà ce qu’il reste ici des Russes, vingt ans après leur catastrophe.
Avec la réunification de l’Allemagne et dans le cadre des accords passés avec les autorités de l’ex-URSS pour le démantèlement des bases militaires en Europe de l’Est, le site de Totschka (comme les autres dépôts d’armement soviétique), a été abandonné. Le déménagement de l’arsenal nucléaire s’est fait par voie de chemin de fer, jusqu’à la mer Baltique, pour être chargé sur quatre navires de guerre. Direction les bases navales en Russie. Le 29 juin 1991, le dépôt de Brand-Wusterhausen a officiellement cessé d’être une zone interdite. Seules sont restées, comme à Berlin-Treptow, Karl-Horst, Beelitz ou Lichtenberg, les traces de l’histoire des hommes. Quant aux animaux, ils savent que le danger n’est pas passé. Ils ne sont pas revenus…

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Utilité des ruines : Sanatorium de Beelitz

beelitz entree 2   Si Berlin a des asperges au printemps, avant la plupart des autres villes d’Allemagne, c’est grâce à Beelitz. Ce lieu, qui fut l’un des nombreux sanatoriums de la région avant d’être un centre d’internement des opposants au régime Russe soviétique puis de la RDA, est aujourd’hui sur les marchés aux primeurs de la capitale une indication d’origine contrôlée. On dit « des asperges de Beelitz », comme on dirait « des tomates de Buchenwald ».

Beelitz Heilstätten 6 Intérieur avec lit seul   Les salles où les malades des poumons, alignés sur leurs lits de fer ou sur des fauteuils roulants, attendaient que vienne l’heure de mourir, sont devenues des lieux de créations, des ateliers, des studios où l’on tourne, entre autres, beaucoup de films X. Les râles de plaisir ont remplacé ceux des mourants et les expulsions qui arrachaient la gorge se font par d’autres voies. Même les caves où croupissaient entre deux séances d’interrogatoire, dans la pénombre et le froid entretenus par la forêt du Brandebourg qui a contribué à la réputation de calme et de repos de l’endroit, les dissidents au régime soviétique mis à la discrétion des autorités pour formalités d’intérêt public, ne sont pas oubliées. Beelitz Heilstätten 7 Intérieur bureau aux storesAu milieu des décombres, des ruines de bureaux ou de chambres, des meubles cassés ou des papiers administratifs déchirés parmi les débris de verre, on fait des photos de mode. Une jeune femme se déhanche dans une tenue estivale ou une chapka de fourrure, suivant la saison…

Construit entre 1898 et 1930, le sanatorium de Beelitz est aujourd’hui un ensemble d’une soixantaine de pavillons (sous la loi de la Protection des monuments), au milieu de 200 ha de forêt. De par son importance et sa proximité de Berlin, la maison de soins sanitaires de Beelitz est étroitement mêlée à l’histoire de l’Allemagne au XXe siècle. Durant la Première Guerre, elle a servi de lazaret pour les soldats blessés. Parmi les 17 500 convalescents militaires qui sont passés par ici, un certain Adolf Hitler, du 9 octobre au 4 décembre 1916. Beelitz Heilstätten 9 EscalierPendant la Bataille de Berlin, du 16 avril au 2 Mai 1945, le centre de Beelitz fut évacué par la Panzertruppe du général Wenck et les 3000 blessés ainsi que le personnel mis en sécurité à l’Ouest (cf. Wikipédia). Après la Deuxième Guerre, les bâtiments – fort endommagés par les combats – furent pris en charge par l’Armée Rouge. Jusqu’en 1994, ils ont constitué le plus grand hôpital militaire soviétique à l’étranger. Souffrant d’un cancer du foie, Erich Honecker y a été soigné jusqu’en mars 1991, avant son départ pour Moscou avec son épouse Margot.

Depuis, on a essayé de réhabiliter certains pavillons, comme la neurologie ou des unités spécialisées dans le traitement de la maladie de Parkinson. En vain. La faillite en 2001 de la société qui est la propriétaire du lieu, l’a replongé dans la ruine et livré au vandalisme. Il semblerait qu’un acheteur, depuis 2008, ait manifesté l’intention d’en faire quelque chose. Quoi ? L’ensemble est trop vaste, pour qu’on s’aperçoive d’un changement.Beelitz Heilstätten 8 Véranda et neige    En général, lorsqu’on y entre – soit par une fenêtre cassée ou en escaladant un mur effondré – on se trouve devant des longs couloirs qui n’en finissent pas, des parois incendiées et recouverts de graffitis, des vastes salles aux plafonds ornés de moulures en stuc qui s’effritent sur les parquets, ou plutôt ce qu’on y reconnaît sous les débris, des baies vitrées explosées sur un écran de végétation qui laisse filtrer une lumière verte d’aquarium. Beelitz Heilstätten 4 intérieur avec neigeComme les arbres ont poussé sur les toits, on gravit de longs escaliers en colimaçon pour se trouver en plein milieu d’une forêt, au quatrième étage d’un pavillon, ou en face d’une machine rouillée qu’on pourrait croire l’intérieur d’un bâtiment de guerre coulé par grand fond. On s’attendrait, au détour d’un couloir, à voir surgir une pieuvre géante ou passer l’ombre d’un requin. Ce côté surréaliste en a fait un lieu propice pour la photo et le cinéma. Beelitz Heilstätten 2J’ai lu sur Wikipédia (cf.Beelitz-Heilstätten) qu’on y avait tourné des scènes du Pianiste de Polanski et de l’Opération Walkyrie avec Tom Cruise. Les terrains sablonneux en font un lieu idéal pour la culture de l’asperge.

Photographies de Nicolas Donetti

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Aux aktivistes du Net

Excusez-moi pour ce long silence, absolument incorrect eu égard à vos gentils messages et invitations d’amitiés et sympathies. Mais le réseau me donne quelques soucis. Je m’y fais l’effet de me trouver à une pendaison de crémaillère… une pendaison, oui ! Où les invités se balanceraient au bout d’une corde, un verre de plastique dans une main, une serviette en papier et un amuse-gueule dans l’autre, au milieu d’un profond silence que tramerait seulement un lointain bruit confus… Le vent entre nos mâchoires disjointes ou le grincement des cordes sur les poutres? Comme une clameur lointaine, en laquelle on croirait entendre: Et moi ! Et moi ! Et moi ! Et moi! Et moi ! Et moi ! Et moi !

Pourquoi me suis-je adjoint à cette balade des pendus? Faiblesse? certainement. Solitude? Ignorance? Comme chaque fois que je m’agrège à un groupe. Si je savais ce que j’y viens chercher?

Je serai honnête avec vous. Ce serait bien différent, si nous étions, vous et moi, devant une bonne assiette de spaghettis carbonara ou une belle épaule d’agneau cuite 3 heures à feu doux (Vous aurez compris que je ne suis pas végétarien). Nous saisirions alors à pleines dents, vous et moi, l’occasion de devenir des amis… ou peut-être le contraire ! Laissons donc faire le hasard et brisons là des liens inutiles et qui tuent tout beau projet de vie.

PS: J’ai bien peur que ce réseau soit encore une de ces belles inventions diaboliques – Je ne parle pas, bien sûr, pour ceux qui s’en servent pour des raisons professionnelles. Je continue néanmoins, tant que j’en ressens le besoin ou l’envie.

– Quoi, quoi ! Qu’est-ce que vous me baillez-là ? Soudain, sans crier gare, à l’orée du XXIe siècle, sur les selles encore fumantes du grand merdier, entre les graines indigestes de la tomate hollandaise d’élevage et les restes blanchâtres du poulet aux hormones, le virus destructeur du goût, presque aussi vieux que l’Histoire, de former une belle lettre d’une main sûre ? Mort, le plaisir de dérouler le rouleau du papyrus, de déplier la feuille du parchemin, de tourner la page du livre pour pénétrer dans le beau mystère de l’écriture ? Il ne serait plus question d’avoir confiance en sa mémoire, pour marcher dans sa petite l’existence ? de n’avoir pas besoin de son Racine, dans les éditions La Pléiade, pour retrouver les alexandrins de Phèdre avouant son amour à Hippolyte (et puis d’ailleurs, on s’en fout complètement de Phèdre et d’Hippolyte !) ; de l’Oeuvre de Stéphane Mallarmé, pour réciter Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx ? Tout cela ne serait plus désormais qu’une affaire d’Internet, de Web, Contrôle-S, sauvegarde, curseur avant, arrière…
Je n’en crois pas une ligne. Qu’il vienne le BBI (Big Bug Informatique), le Grand Soir de la Grande Panne, le jour J où le grand réacteur central leur aura fait défaut à tous… Et vous aller voir s’ils ne seront pas obligés tous de se mettre à penser à la bougie ! Ce sera pratique pour surfer sur le clavier de son ordinateur. La cartouche d’encre se vendra plus cher que le baril de pétrole. Ca c’est sûr ! Et combien qui sauront encore écrire ? On va bien rigoler, ça c’est plus que sûr ! Mais comme, en même temps, on grelottera dans les chaumières, qu’il n’y aura plus rien au rayon des surgelés, qu’il faudra éviter de prendre sa voiture si on ne voudra pas s’aplatir contre le prochain camion au premier carrefour où il n’y aura plus de feux, écraser le prochain passant qui traversera la rue (d’autant qu’il n’y aura personne dans les hôpitaux pour s’en occuper)… Bref, qu’il vaudra mieux rester chez soi, à crever la dalle et à prendre des engelures, sans recours à une douche, faute d’eau courante (vous me direz que la crasse nous tiendra chaud !)… Ce jour-là, il vaudrait mieux ne pas trop faire le malin à le souhaiter venir. Contrôle-S.

– Voilà un texte que je trouve bien défaitiste ! Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire, David ? Ou plutôt, si ! Je comprends que tu veux ajouter ton gros nez à celui des autres. Comme s’il n’y en avait pas assez déjà! Et mo ! Et mo ! Et mo !

Considérations esthétiques sur le IIIe Reich

Que reste-t-il aujourd’hui du IIIe Reich ? Peut-être pas un bâtiment, une peinture ou une œuvre plastique qui puisse être comparés à ce modèle grec classique auquel ses artistes voulaient se conformer, mais autre chose de foncièrement original : le style d’une époque qui fut la dernière grande aventure du génie européen… Allez vous en rendre compte sur le terrain d’aviation de Tempelhof, à Berlin. Les casemates d’Heathrow, Roissy CdG et consorts peuvent aller se rhabiller…. Et conçu en 1936 par Albert Speer.
Aussi peut-on comprendre la fascination que cette période exerce encore sur la jeune génération. Fascination qui, à l’heure des décadences, des Lady Gaga et Conchita Wurst, n’est pas la énième manifestation d’une vieille névrose mal guérie, la nostalgie morbide pour une époque étrange où tout a failli basculer, mais d’un esprit qui ne doit pas mourir. Comment définir cet esprit ? Je dirai qu’en gros 2.500 ans de culture commune nous distinguent de l’Orient ou du monde asiatique, et que le reste, qui est venu de tout temps se réunir à cette culture, est anecdotique, passager, enrichissant certes, mais seulement s’il trouve sa place dans cette histoire tumultueuse qui est la nôtre.
L’Art du IIIe Reich s’inscrit dans le bilan esthétique du XXe siècle, au même titre que la découverte des Arts Premiers ou la déstructuration du Réel par les Impressionnistes et sa suite logique qui aboutit, encore une fois, à une impasse, celle de l’Art contemporain. Il y tient même une place plus importante du fait qu’il représente une tentative, condamnée d’avance parce qu’elle était étroitement liée à une idéologie politique. C’est à cause de cette liaison plus que dangereuse, qu’il ne reste pas grand-chose aujourd’hui de ses réalisations – reniées par d’aucuns, pour qui l’intervalle de presque trois-quarts de siècle n’est pas suffisant pour juger avec le détachement de l’historien les quelques volumes de pierre, aigles ou statues de bronze que j’ai répertoriés dans Berlin. La plupart des œuvres qui ont été créées entre 1936 et 1944 ont été détruites par les bombardements, saccagées ou utilisées pour bâtir de nouveaux temples à la gloire des vainqueurs – à l’exemple de la Chancellerie du Reich dont les restes ont servi à édifier le Mémorial de l’Armée Rouge à Treptow…
Ma tentative est peut-être prétentieuse, vu l’étendue de cette ville et le fait que ce qui est encore debout de cette époque se cache derrière les constructions plus récentes. En même temps, je veux rappeler ce que furent ces projets et ce que devait être cette Allemagne du IIIe Reich.

A suivre : L’Aménagement de Berlin…

Azoumba-Marseille… Une famille africaine traverse la mer en radeau.

   Avant d’être initié à l’insondable secret de l’eau, je le fus par mon père au mystère du feu. Je devais avoir deux ou trois ans (il faudrait que je questionne les survivants de cette époque, à ce sujet), lorsqu’il m’emmena assister aux fêtes de la Saint-Jean. Je me souviens avec précision d’une foule dense, dans la nuit, excitée par les tambours et la clameur qui saluait les sauts par-dessus les bûchers. Du sifflement des pétards et du fracas des brasiers. La lueur des flammes éclaire les visages et mon père me tient à bout de bras, pour que je ne perde rien du spectacle. J’en ai gardé un tel effroi, que longtemps je n’ai pu voir tirer un feu d’artifice, sans que j’éprouve le furieux besoin de me cacher derrière un adulte ou me fourrer à quatre pattes sous une chaise ou une table. Et, l’une des conquêtes notables de mon adolescence fut de pouvoir résister à ce besoin impérieux, pour regarder tranquillement le spectacle. En apparence seulement. A l’intérieur, je suis toujours aussi bouleversé par ces images et, aujourd’hui encore, je n’éprouve aucun plaisir devant ce qui, au fond, est censé en procurer.

   Assab. J’ai du mal à écrire ce nom, car il ne veut rien dire pour moi. Cela pourrait être un tout autre lieu : le Maroc, en Espagne, à quelques centaines de mètres de l’endroit où j’habite maintenant, à l’Arena.

P1000497Dans la scène suivante, nous sommes sur l’eau. Sur un bateau… Non ! Je vois trop grand. Sur une barque plutôt, tant les êtres qui composent ma famille, en ce temps, vivent dans la promiscuité physique et ce ciment de pensées et d’intérêts communs qui font une tribu. Lire la suite « Azoumba-Marseille… Une famille africaine traverse la mer en radeau. »

Il est mimi le lieu du crime…

   Je ne sais pas si vous avez remarqué, comme moi, comme ils sont coquets les lieux de crimes- je veux dire des grands crimes, des Crimes contre l’Humanité… Ravensbrück, par exemple ? C’est joli, c’est fleuri, paisible au bord d’un lac. J’ai eu l’impression de me trouver dans le jardin municipal d’Annecy. Il faut dire que c’était au mois d’octobre, plutôt vers la fin du mois, et que la douceur du ciel, la lumière dorée de l’arrière-saison… L’endroit était désert. Seul un petit garçon qui joue au ballon. Quelqu’un peut-il me dire: Pourquoi un petit garçon joue tout seul au ballon à Ravensbrück?

   IMG_prison berlinLa première fois que je me suis rendu chez IKEA (il a bien fallu passer par là pour mon installation à Berlin, et par le centre commercial voisin, le Bauhaus – le Castorama local), j’ai pris le 204 sur le pont Julius-Leber. J’avais pensé, en consultant mon plan, que ce n’était pas du tout dans le coin où j’habitais. C’est à cause de l’usine à gaz. Elle a l’air si proche, et je n’ai pourtant jamais réussi à l’atteindre. Comme le centre commercial se trouve bien au-delà, je me suis dit que ce devait être beaucoup plus loin, et qu’il était inutile d’essayer d’y aller à pied. J’aurais pu prendre la S-Bahn (l’équivalent chez nous du RER) mais, à première vue, il n’y avait pas de station dans ce coin. Voilà pourquoi j’ai pris le bus, pour m’y rendre la première fois. Lire la suite « Il est mimi le lieu du crime… »