Un cœur fragile.

Comment David Olive, malade du cœur, commença à Paris une vie solitaire et comment il découvrit l’emplacement probable d’anciens supplices, et leurs auxiliaires :les corbeaux de Montfaucon.

 

Je n’ai jamais été sérieusement malade, du moins depuis que j’ai atteint l’âge adulte. Et là, brusquement, tout m’est tombé dessus en même temps. Cela a commencé comme une mauvaise grippe, qui refusait de guérir. C’est vrai que je fumais trop. Mais c’est mon métier qui veut ça. Vous croyez que c’est facile de s’arrêter ? En tous cas, l’alerte a été chaude. L’opération s’est bien passée. Il ne devrait pas y avoir de séquelles, à condition que je fasse attention. Le docteur du service cardiologie de la Salpêtrière a été formel : fini les petits « calva » et les cigares après les repas. Il m’a donné un régime, que je dois suivre très sérieusement. Au fond, je crois que ça me fait presque plaisir, d’en être arrivé là. Cela ne pouvait pas durer éternellement. Dix ans que je rame à faire ce boulot. Dix ans de nuits à se crever les yeux devant les écrans, dix ans de stress et de frustration… Voilà, je viens de récolter la facture.

— Plus de tabac, plus d’alcool, plus de bons petits plats. Une vie saine, du calme, beaucoup de repos… 

Je revois le jeune toubib si clean derrière son bureau en imitation Louis XVI, très « jeune cadre dynamique » avec ses fines lunettes d’écaille et, j’imagine, certainement aussi une Porsche noire garée à quelques centaines de mètres de son cabinet, rue Boissière.

— Et pour commencer, vous allez vous arrêter trois mois. 

— Trois mois ? Je le regarde interloqué. Mais c’est impossible ! on a besoin de moi a journal.

Il esquisse un sourire.

— Ne vous en faites pas. Je vous revois dans quinze jours. A bientôt, monsieur Olive!

   Il m’avait raccompagné jusqu’à la porte, et je lui avais serré une dernière fois la main avant de confier mon corps convalescent à la descente hoqueteuse d’un ascenseur vétuste. Lire la suite « Un cœur fragile. »