Aux aktivistes du Net

Excusez-moi pour ce long silence, absolument incorrect eu égard à vos gentils messages et invitations d’amitiés et sympathies. Mais le réseau me donne quelques soucis. Je m’y fais l’effet de me trouver à une pendaison de crémaillère… une pendaison, oui ! Où les invités se balanceraient au bout d’une corde, un verre de plastique dans une main, une serviette en papier et un amuse-gueule dans l’autre, au milieu d’un profond silence que tramerait seulement un lointain bruit confus… Le vent entre nos mâchoires disjointes ou le grincement des cordes sur les poutres? Comme une clameur lointaine, en laquelle on croirait entendre: Et moi ! Et moi ! Et moi ! Et moi! Et moi ! Et moi ! Et moi !

Pourquoi me suis-je adjoint à cette balade des pendus? Faiblesse? certainement. Solitude? Ignorance? Comme chaque fois que je m’agrège à un groupe. Si je savais ce que j’y viens chercher?

Je serai honnête avec vous. Ce serait bien différent, si nous étions, vous et moi, devant une bonne assiette de spaghettis carbonara ou une belle épaule d’agneau cuite 3 heures à feu doux (Vous aurez compris que je ne suis pas végétarien). Nous saisirions alors à pleines dents, vous et moi, l’occasion de devenir des amis… ou peut-être le contraire ! Laissons donc faire le hasard et brisons là des liens inutiles et qui tuent tout beau projet de vie.

PS: J’ai bien peur que ce réseau soit encore une de ces belles inventions diaboliques – Je ne parle pas, bien sûr, pour ceux qui s’en servent pour des raisons professionnelles. Je continue néanmoins, tant que j’en ressens le besoin ou l’envie.

– Quoi, quoi ! Qu’est-ce que vous me baillez-là ? Soudain, sans crier gare, à l’orée du XXIe siècle, sur les selles encore fumantes du grand merdier, entre les graines indigestes de la tomate hollandaise d’élevage et les restes blanchâtres du poulet aux hormones, le virus destructeur du goût, presque aussi vieux que l’Histoire, de former une belle lettre d’une main sûre ? Mort, le plaisir de dérouler le rouleau du papyrus, de déplier la feuille du parchemin, de tourner la page du livre pour pénétrer dans le beau mystère de l’écriture ? Il ne serait plus question d’avoir confiance en sa mémoire, pour marcher dans sa petite l’existence ? de n’avoir pas besoin de son Racine, dans les éditions La Pléiade, pour retrouver les alexandrins de Phèdre avouant son amour à Hippolyte (et puis d’ailleurs, on s’en fout complètement de Phèdre et d’Hippolyte !) ; de l’Oeuvre de Stéphane Mallarmé, pour réciter Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx ? Tout cela ne serait plus désormais qu’une affaire d’Internet, de Web, Contrôle-S, sauvegarde, curseur avant, arrière…
Je n’en crois pas une ligne. Qu’il vienne le BBI (Big Bug Informatique), le Grand Soir de la Grande Panne, le jour J où le grand réacteur central leur aura fait défaut à tous… Et vous aller voir s’ils ne seront pas obligés tous de se mettre à penser à la bougie ! Ce sera pratique pour surfer sur le clavier de son ordinateur. La cartouche d’encre se vendra plus cher que le baril de pétrole. Ca c’est sûr ! Et combien qui sauront encore écrire ? On va bien rigoler, ça c’est plus que sûr ! Mais comme, en même temps, on grelottera dans les chaumières, qu’il n’y aura plus rien au rayon des surgelés, qu’il faudra éviter de prendre sa voiture si on ne voudra pas s’aplatir contre le prochain camion au premier carrefour où il n’y aura plus de feux, écraser le prochain passant qui traversera la rue (d’autant qu’il n’y aura personne dans les hôpitaux pour s’en occuper)… Bref, qu’il vaudra mieux rester chez soi, à crever la dalle et à prendre des engelures, sans recours à une douche, faute d’eau courante (vous me direz que la crasse nous tiendra chaud !)… Ce jour-là, il vaudrait mieux ne pas trop faire le malin à le souhaiter venir. Contrôle-S.

– Voilà un texte que je trouve bien défaitiste ! Je ne comprends pas bien ce que tu veux dire, David ? Ou plutôt, si ! Je comprends que tu veux ajouter ton gros nez à celui des autres. Comme s’il n’y en avait pas assez déjà! Et mo ! Et mo ! Et mo !